Fillon nous vole… la campagne

Mettez fin à ses souffrances, débranchez-le, qu’on puisse enfin parler programmes et combattre une droite digne de ce nom !

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La Une très réussie de « L’Obs » du 9 février

La vraie Pénélope, celle qui, il y a quelques siècles, éprouvait un durable béguin pour Ulysse, prête à attendre une bonne vingtaine d’années qu’il termine ses péripéties méditerranéennes, était déjà une adepte du double emploi. Pour faire lanterner ses prétendants, elle défaisait la nuit la tapisserie qu’elle exécutait le jour, histoire qu’elle ne finisse jamais. Mais elle le faisait bénévolement. Notre modeste Pénélope Fillon à nous, même si son indécent mari nous fait lanterner à plaisir, se contente d’être une virtuose du double emploi, fictif de préférence. Assistante parlementaire de son mari en 2012 et 2013, mais aussi journaliste à La Revue des deux mondes, la discrète Pénélope – comme c’est ballot ! – n’a laissé aucun souvenir à personne dans son travail. Et alors qu’elle est officiellement assistante parlementaire dans la Sarthe, elle raconte à la BBC qu’elle vit à Paris et s’y ennuie beaucoup. Pas de badge, pas d’accréditation, pas de trace écrite de son travail et des salaires à faire rêver tous ceux qui s’échinent chaque jour devant leur machine-outil.

Mais dans les « bonnes familles », suivant l’expression favorite du sénateur Longuet, les enfants se doivent de faire encore mieux que les parents. Si Pénélope a réussi sans encombre le double emploi invisible, Marie, la fille aînée du couple a réussi le triplé, cumulant l’École de formation du Barreau et un stage rémunéré dans un cabinet d’avocats, tout en étant « assistante parlementaire » de son père à hauteur de 3800 euros bruts mensuels. « Impossible ! » affirment tous les anciens élèves de l’école et les avocats actuels qui se souviennent de leurs emplois du temps de dingue quand ils jonglaient entre études et stage. Mais chez les surdoués, que voulez-vous…

Du temps dérobé à la démocratie

Et pendant ce temps, papa Fillon, propriétaire d’une modeste maison de 1107 mètres carrés avec dépendances qu’il nomme manoir ou château suivant l’interlocuteur, s’égosille, avec une obscénité dont il ne semble pas conscient, à dire que tout cela est « légal ». S’il n’est effectivement guère moral de salarier sa femme et ses enfants, la loi interdit absolument les emplois fictifs, ce qui ne devrait pas tarder à être démontré par la brigade financière et faire voler la prétendue légalité mise en avant par François-le-petit.

En attendant, il ne se passe pas un jour sans que nous n’ayons droit aux entrées par des portes dérobées de celui que Chirac appelait le « non-fiable » et Sarkozy « le fourbe », tandis que des manifestants à l’extérieur du meeting l’attendent aux cris de « Voleur ! » ; pas un jour sans qu’un curé un peu courageux ne se laisse aller à une lecture de la Bible bien sentie devant ce Tartuffe grandiose ; pas un jour sans que la ménagère ne soit interrogée sur la confiance qu’elle porte à Fillon.

Avec tout ce temps honteusement volé à la démocratie par une « vermine », selon les termes de Jean-Luc Mélenchon, nous devons nous contenter d’images expéditives des autres candidats et deviner par des lectures attentives ce qui est en train de se passer à quelques semaines de la présidentielle : l’assagissement de Hamon, l’absence de programme de Macron, la jubilation de Marine Le Pen.

Après ce qu’il a fait, après sa trahison de Père-la-Morale donneur de leçons, Fillon est le seul à croire, en ses chances d’être élu. Il envoie la droite dans le mur, ce qui m’indiffère et fait le jeu de Le Pen, ce qui me fait beaucoup moins rire. Tant que ce pitoyable candidat sera en lice, aucune victoire électorale ne pourra avoir la moindre noblesse. Alors qu’attend son parti pour mettre fin à ses souffrances et le débrancher ? Le pays a besoin d’un candidat qui puisse défendre les idées de son camp sans être lui-même un infâme profiteur.

Ce matin, et j’ai peine pour tous les militants sincères qui ne peuvent se résoudre à l’inéluctable, 22% de Français lui faisaient encore confiance. 22% de trop !

Pénélope a trouvé le bon Filon

Faites ce qu’on dit, mais pas ce que l’on fait, le slogan de campagne des Fillon.

600 000 euros, c’est à peu près ce que gagne un ouvrier en une existence entière de travail. C’est aussi ce qu’a touché en huit ans, selon Le Canard enchaîné l’attachée parlementaire fantôme Pénélope Fillon, en plus des non négligeables émoluments de son mari. Tandis que la presse aux ordres insiste sur la légalité de l’opération (Fillon, malheureusement n’est pas le seul dans ce cas !) et que le candidat républicain s’efforce de créer un rideau de fumée en insistant sur la prétendue misogynie dont fait preuve le palmipède à l’égard de son épouse, Bisque, Bisque, Basque ! ne résiste pas au plaisir de rafraîchir la mémoire de ceux qui ne s’intéressent que de loin à la politique, avec le parcours d’un des pires faux-cul de la République.

La grande misère des assistants parlementaires

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Avec cette affaire, les internautes s’en donnent à coeur joie…

Actuellement, chaque député dispose de 9561 euros mensuels pour rémunérer son ou ses attachés parlementaires. L’État aurait pu légiférer sur le salaire de ces assistants, il a préféré laisser les députés décider par eux-mêmes, ce qui démontre sa très faible envie de moraliser la vie publique. Les émoluments de ces petites mains indispensables aux parlementaires oscillent souvent entre 2000 et 3000 euros, ce qui est peu compte tenu de la précarité et des exigences de la fonction. Claude Bartolone, Bruno Le Maire, Jean-François Copé, Jean-Christophe Lagarde ou Gilbert Collard n’ont pas hésité à salarier leurs épouses. Certaines effectuent un réel travail, tandis que l’action d’autres reste des plus nébuleuses. En 2014, Médiapart a constaté que 52 épouses, 28 fils et 32 filles de députés occupaient un poste d’assistant parlementaires. Et l’on vous passe les maîtresses, fort nombreuses, pour qui connaît les secrets d’alcôve de l’Assemblée nationale !

Pénélope Fillon doit être une surdouée de la politique puisque dès 2001, celle qu’on n’a jamais vu à l’Assemblée nationale démarre sa carrière avec une rémunération de 3900 euros par mois, puis 4600 l’année suivante, des salaires qui laissent rêveurs les « vrais » assistants parlementaires.

 

Petites combines sur le dos des contribuables

Quand Fillon jouait les Père la morale…

François Fillon a toujours été habile. Ce n’est pas lui qui se ferait gauler par la patrouille en salariant directement sa fille par le biais d’une Société d’économie mixte, comme quelque maire local de la Côte basque. Sitôt devenu ministre, Fillon va engager comme conseiller technique, et donc salarier, Igor Mitrofanoff, tout en le laissant continuer à travailler pour… Marc Joulaud. Si ce n’est pas un emploi fictif, ça y ressemble grandement. Quant à Jeanne Robinson-Behre, elle va occuper en parallèle un poste d’assistante parlementaire d’un sénateur UMP. Des « acrobaties » qu’elle n’a visiblement pas digérées, puisqu’elle affirme à propos de Pénélope : « Je n’ai jamais travaillé avec elle. Je n’ai pas d’info à ce sujet ».Manque de chance, Fillon est nommé ministre des Affaires sociales et du Travail en mai 2002, ce qui aurait pu compromettre la brillantissime carrière parlementaire de Pénélope. Mais son suppléant Marc Joulaud, ébloui par les qualités de la dame, va l’engager pour… 7900 euros par mois, un record toutes catégories pour ce poste. Les deux autres assistants parlementaires de Joulaud, que tout le monde connaît et voit travailler, Igor Mitrofanoff et Jeanne Robinson-Behre se partagent donc le reste de l’enveloppe soit… 800 euros chacun.

Inconnue au bataillon

L’équipe de campagne montre son vrai visage en menaçant la biographe Christine Kelly.

Et c’est là que ça se corse pour le donneur de leçons de la primaire de la droite, le candidat de la « transparence » de la « morale » et de « l’éthique ». Vous connaissez quelqu’un qui va être interrogé sur sa vie et qui ne va pas évoquer son travail ? Lorsque Christine Kelly écrit un livre sur le couple Fillon, jamais Pénélope ne parle de son activité d’assistante parlementaire. Mieux, en 2016, celle qui se présente comme une mère au foyer affirme devant les journalistes ne s’être « jamais impliquée dans la vie politique de son mari ». Olivier Picard, chroniqueur politique depuis 25 ans à l’Assemblée nationale est catégorique :  il n’a jamais croisé la trop discrète Pénélope et juge qu’elle est « indéfendable ».

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1644344-je-suis-journaliste-parlementaire-depuis-25-ans-penelope-fillon-est-indefendable.html

François Fillon, comme tous les politiques pris la main dans le sac, crie à la « boule puante ». Mais le parquet financier vient d’ouvrir, aujourd’hui même une enquête préliminaire pour « détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits». Si les faits sont avérés, il risque une condamnation à de la prison avec sursis et à une peine d’inéligibilité.

http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/01/25/emploi-de-penelope-fillon-pourquoi-le-parquet-ouvre-une-enquete_1543935

 

Des as de l’acrobatie sémantique

Château, manoir, maison, le discours sur cette propriété familiale datant du XVe siècle varie beaucoup en fonction des circonstances politiques. Un peu comme pour la femme au foyer Pénélope devenue soudain une très assidue assistante parlementaire.

Quand il était Premier ministre de Nicolas Sarkozy, le personnel de Matignon disait de Fillon qu’il était « le pire jouisseur de la Ve République ». Monsieur fait la morale, rallonge le temps de travail des Français, veut mettre à la rue des milliers de fonctionnaires, mais quand il est question de son petit confort, rien ne devient négociable. En voiture avec gyrophare, Sablé-sur-Sarthe n’est qu’à deux heures de Paris, mais François Fillon n’a jamais hésité à prendre les avions ministériels qui font tellement plus chic. C’est lui aussi à la fin de l’année 2010, alors que Sarkozy avait interdit à ses ministres de quitter l’hexagone qui se fera gauler en Égypte, à l’occasion d’un séjour somptueux offert par Moubarak. Pris la main dans le sac, il affirmera avec aplomb être en voyage officiel et diplomatique et s’efforcera de détourner les regards de la presse en direction de Michèle Allliot-Marie, partie accompagner ses parents en Tunisie.

Même duplicité quand le couple évoque la demeure familiale de Solesmes. Désireuse de montrer qu’elle est presque aussi bling-bling que Sarkozy, la famille Fillon parade en 2013 pour Paris-Match, dans les jardins du château de Beaucé, acquis en 2013. Miracle de la sémantique, depuis que le notaire calamistré de la Sarthe s’imagine en possible Président de la République, le bien familial est devenu « manoir » puis « maison ».

… Allez, on prend les paris que sous peu le très catholique candidat, avec son inimitable air de chien battu, va qualifier le salaire d’assistante parlementaire de la fidèle Pénélope comme une simple « aumône » destinée à entretenir son humble « masure » !