Panama papers : des familles concernées dans le 64

Adresses 64

Extraites des 11,5 millions d’adresses qui ont fuité, voici les huit adresses de ce département où à un moment ou un autre a été domicilié un compte panaméen… Ce qui ne prouve pas que l’actuel occupant du domicile soit pour autant le titulaire du compte, même si des recoupements simples vont vous permettre de vous faire une idée.

Si pour la majorité des habitants de ce département, le Panama reste une lointaine réalité géographique, pour d’autres, qui ont le feu aux moteurs en ce moment, c’est encore beaucoup trop près. Rendons d’abord hommage à tous ces journalistes qui ont eu l’intelligence de s’associer pour dépouiller les 11,5 millions de données qui ont fuité du cabinet d’avocats panaméen Mossack Fonseca. Dans un métier où l’ego n’est pas mince, et où souvent la réputation tient à un article basé sur une photocopie aimablement fournie par un avocat, il fallait de la foi, de la ténacité et de l’humilité pour s’attaquer ainsi à la finance internationale, dans ce qu’on appelle désormais les Panama papers.

Merci ensuite à tous les petits génies de l’informatique, et en particulier à mon copain Michel, qui a su patiemment extraire les 876 adresses françaises et les 962 donneurs d’ordres passés en France, pour ne conserver que les huit qui nous intéressent au plus haut point.

Avant de regarder d’un peu plus près ces adresses et les détails qui y sont attachés, plusieurs remarques s’imposent. Si l’identification de l’ancien ministre Jérôme Cahuzac ne fait guère de doute, car on se demande vraiment quel est le pays du globe où il n’avait pas planqué un compte, d’autres s’avèrent plus complexes, entre les fautes de saisie des employés panaméens, les adresses volontairement elliptiques et la présence de comptes anciens, clôturés depuis.

Mais vous allez voir qu’avec un peu d’habitude, l’écheveau n’est pas si complexe que cela, si vous allez sur le site (en anglais) du consortium des journalistes.

https://panamapapers.icij.org/

Cliquez sur la rubrique « Panama papers companies revealed », tapez le nom propre ou le nom de ville qui vous intéresse et un magnifique graphique, révélant toutes les éventuelles sociétés écrans apparaîtra.

Par exemple si vous tapez successivement LESCAR, puis BAYONNE, CAMBO, HASPARREN et OLORON, vous obtenez ceci :

Lescar

LESCAR

BAYONNE

Cambo

CAMBO

HASPARREN

HASPARREN

Oloron Sainte-Marie

OLORON SAINTE-MARIE

Et surtout, si vous cliquez sur le nom mentionné ou sur les intermédiaires bancaires, vous obtenez tout le montage capitalistique qui a été réalisé, puisque certains se sont contentés de verser directement de l’argent, tandis que d’autres ont monté des sociétés écran.

Les sereins et les paniqués

Internet étant un outil merveilleux, il est très facile grâce aux pages blanches de retrouver les numéros de téléphone des intéressés, qui restent parfois sans voix quand vous leur demandez des nouvelles de leurs comptes au Panama, ou qui vous implorent de ne pas les citer car ils s’attendent d’un instant à l’autre à voir débarquer le fisc (qui doit se frotter les mains de voir ainsi leur travail facilité !)

D’autres ignoraient visiblement leur présence sur les listings de Panama papers et ne perdent en rien leur bonne humeur, demandant même au journaliste de leur communiquer le lien Internet, pour qu’ils vérifient par eux-mêmes avant de reconnaître les faits sans la moindre hésitation.

Ainsi le très affable Philippe Aubert, habitant à Urrugne, ne s’échappe pas. « J’étais à Hong Kong, dans les années 80 où je dirigeais la banque Paribas.  Aussi des amis asiatiques m’ont demandé de les conseiller quand j’ai crée ma société de conseils début 90. Latinate a donc signé avec ma société un mandat d’assistance dans la gestion de ses avoirs. Ma société recevait annuellement une commission, naturellement intégralement déclarée. L’activité a diminué et j’ai cessé définitivement en 2011. Je suis maintenant retraité, j’ai quitté la banque Paribas il y a vingt-cinq ans et je n’ai rien à cacher. »

Si on clique sur le nom de l’intéressé, de nombreux détails apparaissent, confirmant les propos de Philippe Aubert.

Philippe Aubert détails 01

Et l’on voit bien, quand on clique sur  LATINATE INVESTISSEMENTS LTD, que l’argent des clients du conseiller financier est passé par un certain nombre de sociétés intermédiaires comme THE BEARER ou BDO COMPAGNIE FIDUCIAIRE, avant d’atterrir à LATINATE INVESTISSEMENTS LTD.

Philippe Aubert détails 02

Mais l’ancien financier qui n’est pas dupe reconnait que dans la liste  mise à jour par les journalistes se cache presque autant de cas d’espèces que de noms.

Quand on vous disait que ce listing des Panama Papers était passionnant….

Allez les curieux, en chasse !

 

PAYS BASQUE SUD

L’ex boss de Yahoo! Europe rentre au bercail

Résidant à Bilbao, Javier Etxebeste boostait ses activités aux Îles vierges britanniques pendant qu’il dirigeait Yahoo! Europe. Il a fini par quitter le géant du web avant de rapatrier sa société off-shore au Pays Basque, fin 2013.

Son flair pour les bonnes affaires l’a propulsé à la direction générale de Yahoo! en Europe. Pendant plus de dix ans, Javier Etxebeste Otegi, entrepreneur basque passé par la présidence Yahoo! Iberia avant de prendre la tête du groupe sur le continent, a multiplié les coups dans le web et l’immobilier à Bilbao et à Londres. Mais, la success story de ce globe-trotter qui, parti de rien, a gravi les échelons du géant américain, était incomplète : en lien avec le cabinet Mossack Fonseca, Etxebeste a détenu une société off-shore dans le paradis fiscal des Îles vierges britanniques de 2002 à fin 2013, a découvert Bisque, Bisque, Basque! en se plongeant dans les Panama Papers.

C’est le 7 mars 2002 que l’ancien étudiant en économie de l’université de Deusto, issu de la première génération d’élèves de l’ikastola (école immersive en langue basque) San Fermin de Pampelune, découvre Mossack Fonseca, le Panama et l’hospitalité reconnue des Îles vierges britanniques. À l’époque président de Yahoo! Iberia après en avoir été directeur général pendant trois ans, il créée la société off-shore Weaver Associates LTD par l’intermédiaire de Thomas Short, un noble anglais qui gère aussi, au passage, les affaires de deux arrière petits-enfants du dictateur Franco, Francisco et Juan José Franco Suelves.

Weaver Associates gère les activités immobilières et de conseil d’Etxebeste, pendant que celui poursuit son ascension en accédant, en novembre 2002, à la direction générale de Yahoo! Europe, en charge notamment de la gestion des marchés (sic). Il quittera ce poste deux ans plus tard pour se concentrer sur ses affaires personnelles à travers le monde (Bilbao, Londres, mais aussi l’Australie, l’Inde et le Brésil) : les sociétés Nestoria et Lokku (vente de biens immobiliers en ligne), revendues au groupe australien Mitula en septembre 2015, et Daybat (conseil en entreprise).

En décembre 2013, Javier Etxebeste rapatrie finalement Weaver Associates LTD, qui deviendra Dida Investments au Pays basque. Pour quelles raisons ? Sollicité pour s’expliquer sur ses investissements, l’entrepreneur a refusé de répondre à nos questions. « Je construis l’avenir à travers le monde mais, malheureusement, regrettait-il dans une interview en mai 2013, dans notre société, si tu veux développer tes affaires, tu te transformes en esclave ». C’est sans doute pour échapper à cette terrible épreuve, qu’Etxebeste a planqué son business dans les paradis fiscaux.

Antton Rouget