La CGT est bonne pour la santé

À 67 ans, à l’âge où la plupart signent un PACS durable avec leurs charentaises, Robert Marchand s’est remis au vélo, qu’il avait dû abandonner fort jeune. Voilà maintenant trente-huit ans qu’il sillonne les routes de France, et, même si vous ne suivez que rarement l’actualité, vous savez sans doute que ce flamboyant jeune homme de 105 ans vient de réussir à accomplir plus de 22 kilomètres dans l’heure sur la piste du vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines.

Mais si les journaux se sont extasiés sur la longévité extraordinaire de ce retraité de Mitry-Mory, peu ont détaillé son parcours professionnel et ses engagements politiques. Pompier de Paris de 1932 à 1936, Robert Marchand a été radié pour refus d’obéissance, ce qui prouve un joli tempérament de contestataire. Il a ensuite exercé, en particulier au Venezuela, les métiers d’éleveur de poulets, conducteur d’engins et planteur de canne à sucre, avant d’être bûcheron au Canada, puis maraîcher, vendeur de chaussures et marchand de vin en France. Mais surtout, il a été un ardent défenseur du Front populaire, un militant fidèle du parti communiste, et surtout, il est membre de la CGT depuis… 90 ans.

Force est donc de constater avec l’Académie de médecine, que longévité rime avec CGT, ce qui à la réflexion est parfaitement logique.

Les médecins ne nous recommandent-ils pas de faire dix-mille pas par jour ? Quand vous manifestez régulièrement entre Bastille et République, vous en accomplissez souvent beaucoup plus et faites donc un bien fou à votre organisme. Lever régulièrement le poing en direction du ciel est aussi excellent pour prévenir l’arthrose et entretenir les articulations. Et comme un petit sprint pour échapper aux forces de l’ordre n’est pas à exclure, c’est votre appareil cardio-vasculaire qui va vous remercier. Soucieux de ne pas creuser le déficit de la Sécurité sociale, le militant cégétiste va s’appliquer également à consommer cinq fruits par jour, comme le préconisent les médecins.  Manifester lui facilite grandement la vie, car il n’est pas rare qu’au moment de la dislocation il se prenne quelques marrons ou pêches aimablement distribués par les CRS, quand ce ne sera pas des poires en pleine face, avant de régler ses prunes rédigées par les aubergines locales au moment de retrouver son véhicule.

Et tous les neurologues vous le confirmeront, alors que la bien-pensance endort les neurones, la contestation les réveille et les fait pétiller, ce que les lecteurs de Bisque, Bisque, Basque ! savent depuis longtemps.

Pour toutes ces raisons, il est donc évident que nous devons tous adhérer au plus vite à la CGT si nous voulons devenir de futurs Robert Marchand et nous précipiter sur la première manifestation venue pour faire de la gymnastique et entretenir nos corps de façon bien plus joyeuse que les déprimantes séances d’activité physique proposées par les clubs du troisième âge.

Malgré tous ces arguments, vous hésitez encore ? Alors lisez « La Semaine du Pays basque » (6/1). Que dit Philippe Neys, le patron des patrons des Pyrénées-Atlantiques, sous la plume de Jean-Philippe Ségot : « Mon souhait est que le Medef soit la CGT des patrons »

Si ça, ce n’est pas une preuve…

C’est vraiment la con…fusion!

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Gérottoka ou Pottonimo, le nom de la future mascotte?

En définitive, c’est toujours la même histoire. Un jour, un homme se retrouve élu, nommé président d’entreprise ou dirigeant de club, et il se gonfle tellement de son importance, il devient si vite convaincu de sa supériorité sur tous ses semblables, qu’il se persuade qu’il doit agir en secret au lieu d’exposer ses difficultés à ceux qui l’ont fait roi.

C’est l’histoire de Max Brisson qui se retrouve par le jeu des alliances politiques en train de dealer avec Michel Veunac tout en faisant croire qu’il reste opposant, une posture qui ne trompe personne. C’est l’histoire de Manu Mérin et Serge Blanco qui se sont retrouvés « par hasard » à Paris avec Serge Kampf et qui ont démenti véhémentement tout projet de fusion entre leurs clubs, avant de confirmer piteusement.

Et il n’y a guère besoin d’être un assidu des pages jaunes de Midi Olympique pour comprendre ce qui se passe actuellement entre l’Aviron et le BO. Comme le raconte le rugbynistère.fr (http://www.lerugbynistere.fr/news/top-14-pro-d2-l-ancien-president-bayonne-philippe-neys-devoile-dessous-fusion-annoncee-1305151216.php), les deux clubs sont financièrement aux abois: « Ce qui pousserait tout ce beau monde à agir, ce sont bien des comptes dans le rouge et la perspective d’une sanction de la part la DNACG. Afflelou parti, et avec lui sa lettre de garantie qui lui permettait d’échapper à d’éventuelles sanctions, Bayonne serre les fesses. Selon l’ancien Président de l’Aviron Philippe Neys, Manuel Mérin se serait donc tourné vers le mécène de Biarritz Serge Kampf après avoir tout fait pour « sauver sa tête à la présidence » en rachetant les actions d’Alain Afflelou et de Philippe Ruggieri, ancien président du directoire de l’Aviron Bayonnais. Sauf que le mécène ne semble plus décidé à éponger les dettes de son club, plus mal embarqué que son voisin. « Je pense que c’est encore plus grave pour le BO car l’avenir était plus près de la Fédérale que de la Pro D2. » Quand on sait que l’Aviron présente « un déficit de 2,2 millions d’euros au terme de la saison 2013-2014 », on comprend que les deux clubs souhaitent unir leur force après avoir repoussé la fusion pendant des années.« 

Le non respect des joueurs

Dans un rugby qui  nécessite des investissements de plus en plus importants, il n’est pas surprenant, pour des « petites » villes comme Bayonne ou Biarritz, de se retrouver en déficit ou d’envisager de se rapprocher. En revanche, ce qui est imbécile, c’est de ne rien dire, de manœuvrer en douce, en pensant que les salariés et joueurs du club, comme les cocus de la chanson, seront les derniers à comprendre. Visiblement, Blanco et Mérin étaient persuadés que leur petit complot n’allait pas être éventé avant le dernier match de l’Aviron face à la Rochelle. Résultat, les joueurs bayonnais partent pour un match décisif face à l’Union Bègles-Bordeaux dans les pires conditions possibles et ceux du BO ont bien raison de faire grève en refusant de se soumettre à des tests physiques de fin de saison, au vu du peu de considération que leur manifeste leur employeur. Et comme c’est bizarre, Serge Blanco, fidèle à une tactique qu’il avait déjà utilisée l’an passé au moment de la mise en cause de Géronimo, est aux abonnés absents et ne répond plus aux appels téléphoniques.

Le mépris des spectateurs

Les supporters, eux aussi, ont toutes les raisons d’être mécontents. On se souvient de leur existence, lorsqu’il faut soutenir leurs couleurs, mais on ne daigne pas leur donner les informations essentielles sur leur club favori. À combien s’élève le déficit actuel des deux clubs? Y a-t-il des arriérés d’URSSAF impayés? Le BO court-il un vrai risque de se retrouver en fédérale après une sanction financière? On voit clairement que pour  Blanco et Mérin, la rétention d’information est une façon d’asseoir leur autorité. Il semble pourtant évident que les supporters préfèreraient dans leur majorité que les deux clubs restent des entités séparées, quitte à s’affronter dans le cadre d’un derby de Pro D2. La connaissance de la situation financière réelle des deux clubs aiderait chacun à se faire son opinion sur une éventuelle fusion. Cette transparence a un nom : cela s’appelle la démocratie, mais c’est visiblement le cadet des soucis des deux présidents actuellement.

L’intérêt des clubs ou l’intérêt des présidents?

Et comme en politique, on est bien obligé de se poser la question de savoir à qui profite la manœuvre actuelle? Même s’il dément encore, avec à peu près autant de conviction qu’il niait un rapprochement possible avec l’Aviron, il est évident que Serge Blanco rêve de la présidence de la FFR. Alors que l’aura de son principal rival, Bernard Laporte, ne cesse de croître, Serge Blanco doit faire des cauchemars en se demandant comment il peut être élu, si son club de cœur est relégué en fédérale. Manu Mérin, de son côté, a démontré son envie de demeurer président, en rachetant les actions d’Alain Afflelou et en trouvant 21 actionnaires représentant 1,7 million d’euros pour garder la majorité. Il a réussi ainsi à sauver, au moins provisoirement, son poste. mais est-ce qu’un tel « émiettage » financier sert véritablement le club? On peut en douter. Ces deux ambitions humaines sont parfaitement respectables, mais méritent-elles d’entraîner les deux clubs dans une fusion que peu de gens souhaitent?

Croire qu’un déficit rajouté à un autre déficit peuvent faire la richesse, c’est de l’optimisme indéfectible ou de la con…fusion mentale?