Le rugby redevient enfin un jeu

Pour son dernier match international, Nonu a montré à Bastareaud, et autres camionneurs déguisés en attaquants, que le rugby était un sport d’évitement et pas seulement de percussions stériles..

Avec une prescience qui l’honore, L’Équipe magazine, au matin de la finale, titrait à propos du rugby proposé à la Coupe du Monde « Le sacre du jeu ».  Quelques heures plus tard, tous les commentateurs étaient unanimes pour décerner le titre de plus belle finale de l’histoire à la confrontation ayant opposé la Nouvelle-Zélande à l’Australie, tant l’enjeu n’a jamais tué le jeu.

Et pour tous ceux qui n’ont pas loupé un match depuis la première édition en 1987, voilà une sacrée bonne nouvelle. Le rugby est un sport où il faut marquer un essai de plus que l’adversaire pour gagner et les batailles de tranchées où l’on se cantonne à attendre la faute de l’adversaire sont désormais aussi périmées que les charges de cavalerie face aux blindés. Outre les finalistes déjà cités, l’Argentine, l’Irlande, l’Écosse, le Pays de Galles, mais aussi des « petites » nations, comme le Canada, la Géorgie ou le Japon, nous ont démontré que l’offensive restait la vertu cardinale du rugby.

Du côté des passionnés du jeu d’avants, les paquets cadeaux se sont aussi multipliés pendant cette Coupe du Monde : on disait la mêlée moribonde et vouée à disparaître. Contrairement au grand n’importe quoi du Top 14, on a vu des mêlées propres et inventives, dûment surveillées par des arbitres qui restent seulement beaucoup trop tolérants sur les introductions en deuxième ligne. Et surtout des cinq de devant qui jouent désormais comme des troisièmes lignes et n’ont aucun problème pour faire une passe sur un pas.

Une guerre de retard pour les Français

Quel dommage que la guerre de retard demeure une spécialité française!. En 1914, nos soldats affichaient le pantalon rouge garance, modèle 1887, absolument parfait pour se faire tirer dessus par un ennemi. En 1940, les brillantes têtes pensantes de notre armée, dont l’inénarrable Maginot, s’imaginaient qu’un mur allait arrêter l’ennemi, n’ayant pas prévu qu’il pouvait passer par la Belgique, sans demander la permission. En 2015, notre bon Philippe Saint-André, s’est convaincu que la bicyclette en altitude, la musculation trente-cinq heures par jour et quelques expéditions commando en montagne allaient suffire à expédier le XV tricolore au sommet du monde. On connait la suite, quand nos Bleus sont arrivés avec leurs pelles et leurs seaux pour faire des petits tas et qu’ils ont eu droit à la marée verte puis à la marée noire.

Quand les adversaires cherchaient à franchir à tout prix, les Français, avant même de recevoir le ballon, montraient qu’ils allaient passer par le sol. Savea, l’ailier black, a certainement consacré, tout cet été, moins de temps au culturisme et plus au jeu que les Français, et ça ne l’a pas empêché de marquer un essai d’anthologie après avoir mis trois tricolores sur les fesses.  Et pour le jeu, on ne peut que se réjouir, à l’instar des commentateurs anglo-saxons de l’élimination de la France. Les joueurs retenus par PSA ne sont pas coupables et ont fait le job. Il est juste regrettable que ceux qui possédaient une étincelle de créativité aient été invités à rester à la maison, pendant que les camionneurs étaient conviés à la fête.

Un sport vraiment unique

Malgré la tristesse de voir nos couleurs tombées si bas, on ne peut donc que se réjouir des sept merveilleuses semaines que nous venons de vivre. Même si l’organisation, qui date de 1987, mériterait d’être revue (voir l’encadré ci-dessous), le rugby proposé, aussi bien par le jeu, que par les tactiques mises en place ou la personnalité de ses acteurs a été enthousiasmant. Ce sport doit rester insolite, créatif et iconoclaste et ne jamais s’aseptiser comme le football. C’est Cudmore venant espionner l’annonce de touche du pack français avant de se faire gentiment reconduire dans son camp. Mais c’est aussi le deuxième ligne roumain Johan Van Heerden, écopant d’un carton jaune pour avoir retardé la sortie du ballon adverse, et revenant, dix minutes plus tard, serrer la main de Romain Poite avec un sonore et sincère « Sorry Mister!« . Et bien entendu, c’est le geste de Sonny Bill Williams, donnant à un jeune supporter de quatorze ans, un peu malmené par la sécurité, sa médaille fraîchement conquise. «  Mais, Sonny, elle est en or » lui crie, horrifié, son entraîneur. Et le joueur, hilare, et conquis par le sourire du gamin : « Ce n’est pas grave, elle restera à jamais gravée dans mon cœur »

Tant que le rugby sera capable d’engendrer des humains de cette trempe, il n’aura vraiment rien à craindre des autres sports!

Un dépoussiérage s’impose

Depuis 1987, date où le rugby était totalement amateur, l’organisation de la Coupe du Monde n’a pratiquement pas changé, passant simplement de 16 à 20 clubs, avec toujours le même principe de quatre poules où les deux premières équipes sont qualifiées. À une époque où les joueurs devaient quitter leur emploi pour revêtir le maillot international, les rencontres contre de petites nations permettaient aux favoris de se mettre en place. Mais le rugby ne vaut que lorsque les rencontres sont intenses et qu’un « supplément d’âme » va faire basculer la partie. Le match tous les quatre jours, est une hérésie pour la santé des joueurs et on a bien vu qu’un Louis Picamoles, malgré ses immenses qualités, n’arrivait pas à enchaîner la Roumanie quatre jours après l’Italie. Et par ailleurs, avec sept semaines de compétition, le spectateur est tenté de « zapper », lors des matches de poule, tellement les résultats sont prévisibles (Qui pouvait imaginer la Nouvelle-Zélande battue par la Namibie?) et s’ennuie un peu les trois dernières semaines entre les quarts, les demies et la finale.

Pourquoi donc ne pas imaginer une compétition beaucoup plus resserrée et beaucoup plus plaisante pour les joueurs et les spectateurs qui s’étalerait sur six semaines seulement? L’idée serait de faire une Coupe du monde A et une Coupe du Monde B, avec, comme actuellement des poules de cinq équipes. Les dix nations majeures, réparties en deux poules, disputeraient leurs matches les vendredis, samedis et dimanches et chaque équipe jouerait 4 matches de classement puis une éventuelle demi-finale et une finale pour les deux premiers de chaque poule. Le troisième de la poule A s’opposerait au troisième de la poule B, le quatrième au quatrième et les deux derniers lutteraient dans un ultime match où le vaincu serait relégué en Coupe du Monde B.

Pendant ce temps, les équipes classées de 11 à 20 disputeraient leurs matches les mardis, mercredis  et jeudis avec le même système. Et, à l’image du très beau Namibie-Georgie (16-17), les joueurs n’auraient pas le sentiment d’être des faire-valoir. Le vainqueur de cette Coupe du monde B se retrouverait automatiquement invité dans la cour des grands dans l’édition suivante tandis que le dernier disparaitrait, au moins pour quatre ans, des tablettes internationales. Le spectateur aurait ainsi des matches tous les jours avec des duels serrés entre nations très proches.

Et, cerise sur le gâteau,une date serait libérée, ce qui n’est pas négligeable au vu des cadences infernales imposées aux joueurs.

 

Per il momento, va tutto bene

France Italie 02

Puisque les trois-quarts centre français jouent désormais comme des piliers, Slimani a décidé de jouer comme un trois-quarts, ramassant le ballon au sol, sur un superbe jeu au pied de Michalak, avant d’aller aplatir entre les poteaux.

La France a suffisamment gardé de souvenirs cuisants de ses matches d’ouverture de Coupe du monde, pour qu’on se réjouisse de sa victoire sans suspense contre l’Italie par 32 à 10. Et ce n’est pas l’Afrique du Sud, défaite contre toute attente 34 à 32 par le Japon, qui dira le contraire!

Grosse surprise, au moment des hymnes, dans un stade de Twickenham, totalement acquis à la cause française : contrairement à la tradition, les joueurs français ne s’alignent pas en fonction du numéro qu’ils portent dans le dos, mais trois-quarts et avants se mêlent joyeusement, Huget se retrouvant à donner l’accolade à Maestri. Est-ce pour affirmer une envie de rugby total à la néo-zélandaise? La suite se chargera de doucher nos illusions.

Dans ce match où le seul suspense a été provoqué par les deux pénalités de Michalak frappant le poteau, (9 à 3 seulement à la 34e minute, alors que les Français dominaient nettement), on a vu une équipe bien en place, avec un Ben Arous créant la surprise face à Castrogiovanni, un Picamoles, capable de fracasser n’importe qui, un Michalak plutôt dans un bon jour et une paire de centres décidée à découper tout ce qui passe à portée. Mais une fois de plus, la France a été incapable d’aller chercher le bonus offensif et a dû se contenter de deux essais, face à une bien faible équipe d’Italie, méconnaissable sans son leader Sergio Parisse.

Des gros qui se veulent gazelles

Et il est tout à fait révélateur que les deux essais inscrits aient été marqués par des piliers. Comme si les premières lignes, lassées de voir Saint-André sélectionner des déménageurs de pianos aux postes de centres, s’étaient soudain passé le mot pour marquer des essais de gazelle. Un grand merci donc, à Slimani et à Mas pour avoir mis un peu de couleur dans un match assez gris, où il était vraiment difficile d’imaginer que la future équipe championne du monde puisse être sur la pelouse.

La Coupe du monde étant une épreuve fort longue avec ses six semaines de joute et toutes les surprises qui peuvent en découler (… Ce n’est pas le malheureux Huget qui dira le contraire!), il va désormais falloir expédier les affaires courantes contre la Roumanie et le Canada, avant le match décisif du 11 octobre contre l’Irlande, qui ne s’est pas gênée pour étriller le Canada (50 à 7) et s’emparer du bonus offensif.

Et comment, face à la satisfaction un peu béate de Saint-André, ne pas penser à ce parachutiste italien, qui vient de sauter par mégarde de l’avion sans se rendre compte qu’il a oublié son parachute et qui, pour se rassurer, en voyant approcher le sol, répète sans arrêt « Per il momento, va tutto bene » (Pour le moment, tout va bien! »).

Le XV de France nous a tellement fait souffrir ces dernières années qu’il faut savoir se contenter des petits bonheurs qu’il nous offre… et regarder les Néo-zélandais pour voir du rugby complet.

Les besogneux

Les besogneux

À tombe-ballon, nul doute que le XV de France fait partie de l’élite mondiale.

De la même façon que l’humoriste parisien Ferdinand Lop, dans l’entre deux guerres, préconisait de supprimer le wagon de queue des trains, source de tous les accidents, on devrait interdire le dernier match amical de préparation d’avant mondial, tellement il est évident que pour tous les joueurs, la hantise de se blesser et de ne pouvoir participer à la compétition l’emporte sur l’envie de jouer.

Alors que la Fédération française de rugby avait dû distribuer force billets gratuits pour remplir le Stade de France à l’occasion de ce match sans enjeu contre l’Écosse, la seule surprise de cette rencontre se produisait au moment de l’exécution des hymnes. C’est a cappella, que les spectateurs et les joueurs entonnaient le magnifique Flower of Scotland  et la très guerrière Marseillaise.

Étonnez-vous après cela que les joueurs aient livré ensuite une partition mezza voce où les maladresses, les ballons tombés et les intentions de jeu avortées remplissaient le match, finalement remporté de justesse 19 à 16 par le XV de France, après un essai de Seymour à la 61e et un essai de Nakaitaci à la 73e.

Pathétique Saint-André

Il n’est que notre clairon national, qui n’a jamais manifesté le moindre sens de la mesure, pour entonner le chant de la victoire. « On va partir plein de confiance » affirme sans rire Philippe Saint-André à L’Équipe. C’est oublier un peu vite, qu’avec le panache qui était encore, il y a peu, notre marque de fabrique, l’Écosse a refusé de tenter une pénalité face aux poteaux à quelques secondes de la fin, préférant une victoire possible à un nul. C’est oublier aussi ces six mêlées successives sous les poteaux écossais, sans que le pack français ne parvienne à faire la différence. Et l’on aura une pensée pour François Trinh-Duc et Rémy Lamerat, devant leurs téléviseurs, qui ont dû se demander, au vu des prestations de Frédérick Michalak et Alexandre Dumoulin, pourquoi ils n’étaient pas du voyage anglais.

Contrairement à l’entraîneur national, les petits facétieux de Boucherie ovale qui sévissent sur Twitter, ont au moins eu le mérite de nous faire rire pendant ce match d’un ennui mortel. À eux le mot de la fin :

« Point positif : on a gagné. Point négatif : le monde entier a vu que les Écossais sont meilleurs que nous ».

Un XV de France sur son 31

Michalak crée le décalage et met sur orbite la fusée Huget pour un essai splendide.

On ne va surtout pas bouder son plaisir! Avoir l’occasion de remporter le « crunch » et de renvoyer les Anglais dans leur vestiaire avec une défaite de cinq points (25-20), est un plaisir qui ne se refuse pas dans le monde du rugby. Mais ne nous enflammons pas. Si la France a été très présente dans l’affrontement, elle ne doit pas oublier qu’elle a encore encaissé deux essais de Cipriani et Joseph, en n’en marquant qu’un seul, splendide certes, par Huget. Un excellent match de préparation, donc, qui va redonner un peu de confiance aux Bleus, mais qui ne doit pas masquer les défauts actuels du jeu français..

Des Bleus qui ne sont plus désormais que 31, puisque cinq d’entre eux, comme le prévoient les règlements, vont retrouver leurs clubs et les « joies » d’un Top 14 privé de toutes tuniques internationales.

Si les évictions de Chiocci, Vahaamahina et Goujon devant ne sont guère discutables, Saint-André, une fois de plus, a laissé tout le monde perplexe en désignant ses recalés de l’arrière. Rémi Lamerat, victime d’une expérience surprenante l’associant à Alexandre Dumoulin, ne semble pas avoir plus démérité qu’un Gael Fickou, passé deux fois en revue en deux matches par l’attaque anglaise.

Fortes têtes et têtes qui ne dépassent pas

Mais c’est surtout le cas François Trinh-Duc qui laisse pantois. Visiblement, pour PSA et son staff, c’est Michalak, auteur d’un match remarquable samedi au Stade de France, qui va être le patron de l’attaque tricolore. Frédéric Michalak est un garçon délicieux et talentueux et l’on ne peut que se réjouir de cet inespéré retour en grâce, lui qui avait joué sa première Coupe du Monde… en 2003! Mais la marque de fabrique du joueur toulonnais est d’alterner avec une régularité de métronome les matches où il est génial et ceux où il passe complètement à travers. Presque jamais titulaire, l’an passé à Toulon, c’est donc lui qui se retrouve avec les clés du camion tricolore. Et quand on connait toutes les blessures physiques qu’il a endurées, il est bien difficile, même si on ne lui souhaite aucun mal, d’imaginer qu’il puisse traverser une compétition de sept semaines sans encombre.

Conserver dans l’effectif Rémi Talès a aussi une logique, puisque l’ouvreur castrais, jamais étincelant mais jamais complètement nul en équipe de France, possède un coup de pied particulièrement long qui soulage les joueurs en fin de match. Mais pourquoi diable se passer d’un François Trinh-Duc, dont les fulgurances peuvent faire beaucoup de bien à l’équipe d’outsiders mondiaux que nous sommes devenus? Contrairement à Talès, Trinh-Duc ne se fondra jamais totalement dans un groupe et n’appliquera jamais à la ligne les plans de jeu offensif de Lagisquet, ce qui lui vaut sans doute la joie de goûter prématurément aux charmes de Montpellier, le staff tricolore préférant visiblement les têtes qui ne dépassent pas aux fortes têtes.

En effet, alors que les demis de mêlée, protégés par leurs avants ne sont que rarement blessés, les demis d’ouverture deviennent dans le rugby moderne des cibles privilégiées des défenses adverses. Tillous-Borde avec Michalak, c’est logique. Rory Kockott avec Rémi Talès, tout autant. Mais quel rôle va jouer Morgan Parra désormais, même s’il avait fini la dernière Coupe du monde, avec des bonheurs discutables, sous le numéro 10?

Trois ouvreurs et deux demis de mêlée paraissaient relever du bon sens pour cette équipe de France. Deux ouvreurs pour trois demis de mêlée et nous voilà manifestement dans un « délit de sale gueule » contre François Trinh-Duc, un joueur avec qui PSA n’a jamais caché qu’il avait fort peu d’atomes crochus. Certes, il faut des besogneux dans les équipes. mais doit-on se priver du talent ?

Une vaillante PETITE équipe

Picamoles

Seul Louis Picamoles a réussi à franchir le rideau adverse…

Quand Philippe Saint-André, grand adepte du demain on rase gratis, voit, devant le micro de France 2  » de bonnes choses pour un match de reprise  » et estime avoir « une semaine pour faire un grand match au Stade de France « , Louis Picamoles, pour sa part, ne s’échappe pas et déplore d’avoir pris « trois essais de cadets ». Car il ne faut surtout pas s’arrêter au score, somme toute flatteur, de 19 à 14 pour l’Angleterre. Le XV de la Rose a infligé un camouflet suprême à une équipe qui s’imagine encore faire partie des grandes nations du rugby, alors qu’elle ne l’est plus, en ne daignant même pas tenter les pénalités sifflées en sa faveur par l’arbitre irlandais Lacey et ne s’est pas gêné pour marquer trois essais bien construits et pleins d’english flair, par les ailiers Watson et May, quand la France devait se contenter d’un ballon porté par Ouedraogo et l’ensemble du pack en terre adverse.

Les discutables « trouvailles » de Saint-André

Alors oui, le pack a plutôt bien joué, avec un Louis Picamoles et un Debaty, morts de faim, oui la charnière Parra-Trinh-Duc n’a pas mal fonctionné, mais où était le plan de jeu, l’idée directrice qui devait permettre de gagner ce crunch contre nos meilleurs ennemis? Lorsqu’il était joueur, Philippe Saint-André manifestait un opportunisme, une capacité à déceler un rebond imprévisible, qui lui ont valu un long séjour mérité en équipe de France. Mais il n’a toujours pas compris que ce qui valait pour le joueur n’est pas applicable pour l’entraîneur.

Comme un « accro » au jeu, persuadé qu’il va se refaire, Philippe Saint-André tente encore et encore des coups, à un mois de l’ouverture de la Coupe du Monde, qui ont pour seul résultat de faire douter les joueurs. Dumoulin, par sa capacité à faire jouer les autres comme Lamerat par son physique constituent incontestablement des options intéressantes pour le XV de France, mais fallait-il faire jouer ensemble une paire aussi inexpérimentée au lieu d’associer un novice à un centre expérimenté? La réponse a crevé l’écran et il y a probablement aujourd’hui deux joueurs qui ruminent leur peine, alors que l’entraîneur est le principal responsable de ce fiasco.

De la même façon, mettre Dulin à l’aile, poste qu’il n’avait plus occupé depuis les juniors, constituait une autre de ces « trouvailles » dont Saint-André a le secret. Sur son premier un contre un, Dulin s’est fait prendre comme un débutant par un cadrage-débordement d’école de Watson. Et l’on souhaite bon courage au « psy » qui va être chargé de redonner confiance à ce joueur pourtant si talentueux…

Comme la Roumanie ou l’Argentine…

Quatre ans que cela dure, que l’on a l’impression à chaque fois de voir un XV tricolore vaillant et courageux en diable, qui s’accroche, qui se bat, mais qui est incapable de prendre le jeu à son compte, de mettre l’équipe adverse à sa remorque. Une équipe qui semble ne pas savoir quoi faire sur le terrain, à part gratter des ballons et jouer dans un petit périmètre pour ne surtout pas gaspiller les munitions conquises. ça ne vous rappelle rien? C’est difficile à admettre pour les amoureux du rugby que nous sommes, mais la Roumanie dans les années soixante-dix, l’Argentine dans les années quatre-vingt-dix, l’Italie, depuis qu’elle fait partie des VI nations, ont joué ou  jouent ainsi, avec de temps en temps un exploit retentissant qui fait oublier aux supporters la disette endémique. Nous sommes devenus une vaillante petite nation du monde ovale qu’il est toujours plaisant de piler, eu égard à notre glorieux passé. Avez-vous vu une seule seconde de panique, hier soir, dans le regard des joueurs anglais? Ils ont tranquillement déroulé leurs gammes, en déplorant sans doute intérieurement la faiblesse du sparring-partner proposé.

J’espère vraiment me tromper, mais, entre le XV de France, l’Aviron et son recrutement de dernière minute, le BO avec ses douze blessés avant même que le championnat ne commence, on n’a sans doute pas fini de remâcher notre bile, cette année, et d’assister à de belles collections de défaites.

Et pour en revenir au XV de France, Mathieu Lartot, qui est toujours beaucoup plus à l’aise dans un rôle de représentant de commerce que dans celui de commentateur, a tenu à rappeler qu’il restait «  des places à vendre » pour la rencontre de samedi prochain au Stade de France.

Après le spectacle proposé, tu m’étonnes!

Et si Saint-André se montrait lui aussi professionnel?

Saint-André 4Professionnel! Philippe Saint-André n’a que ce mot à la bouche pour les rugbymen du XV de France qu’il dirige. Avec lui, c’est clair, c’est rigueur, rigueur et rigueur à chaque minute de la journée. Une pinte de bière à se partager entre les vingt-trois joueurs les soirs de victoires, heureusement fort rares, interdiction de toucher aux consoles vidéos passé vingt heures et tonton Lagisquet et papy Bru qui bordent les gamins tricolores dans leurs petits lits blancs de Marcoussis dès vingt-deux heures.

Et quand ça tourne mal, c’est à dire à presque tous les matches, Philippe Ouin-Ouin, ainsi que se plaisent à le surnommer les réseaux sociaux, a toujours une bonne excuse à faire valoir. Le ballon était carré, l’arbitre autiste ou les joueurs des starlettes!

Poursuivi par une poisse tenace, ce grand malchanceux peut donc s’enorgueillir du pire bilan qu’ait jamais connu un sélectionneur français, depuis que le rugby est professionnel. Avec 44% de victoires, on est loin, très loin derrière les résultats obtenus par le très décrié Marc Lièvremont, 60% de victoires tout de même.

Saint-André  Calimero

Si vous passez par la SPA, n’hésitez pas à adopter le PSA. Il pleure beaucoup mais est attachant.

Et plus les spécialistes s’étonnent de ses choix hasardeux, de ses incessantes permutations de joueurs, alors que toutes les équipes devenues championnes du monde se sont appuyées sur un axe 2-8-9-10-15, quasi immuable, plus notre Calimero national semble faire sienne la devise de l’humoriste Rémi Gaillard, « C’est en faisant n’importe quoi, que l’on devient n’importe qui ».

Les explications concernant l’équipe qui va être alignée contre l’Italie dimanche, auraient enchanté les surréalistes. Ainsi la charnière Tillous-Borde-Lopez va être la seizième essayée en vingt-cinq matches. Brice Dullin, revenant en équipe de France après une grave blessure se retrouve sur le banc au profit de Spedding, tandis que Camille Lopez, magnifique demi de fermeture au coup de pied de rouge-gorge, auteur d’une seule passe à ses coéquipiers lors de la première mi-temps d’Irlande-France et tout aussi transparent contre Galles, est reconduit dans ses fonctions. Bonjour la cohérence! Comment s’étonner dès lors que des joueurs étincelants avec leurs clubs, se retrouvent totalement tétanisés sous le maillot tricolore, tellement ils n’ont plus confiance ni en eux, ni en leurs partenaires, ni en leur système de jeu?

L’incroyable blanc-seing de Camou

L’ancien talonneur anglais, Brian Moore, s’étonnait publiquement dans Midi Olympique de la perte d’identité du jeu français qui se fourvoie en voulant imiter les Sud Africains et percuter au lieu de chercher des intervalles. Et à propos de la ligne d’attaque tricolore, il avait ce mot cruel : « Mais que fait Mathieu Bastareaud au milieu des trois-quarts avec son physique de talonneur? » Bonne question. Mathieu, contre l’Italie, sera simple remplaçant, mais il est certain que Philippe Saint-André ne résistera guère à la tentation de l’envoyer « camionner » les adversaires si la partie tourne mal.

Et l’on en revient à cet espèce de blanc-seing un peu incroyable que le président de la fédération de rugby, Pierre Camou, accorde au plus mauvais sélectionneur français de tous les temps. Oui, quoiqu’il arrive et quels que soient les résultats, Philippe Saint-André sera à la tête de l’équipe de France pendant la Coupe du Monde et ira au bout de son contrat.  Curieuse affirmation pour un rugby qui se veut professionnel. Quelle est l’entreprise qui est prête à garder des mois et des mois un commercial catastrophique qui multiplie les boulettes ou un patron qui met les comptes de sa boîte dans le rouge?

En cas de rouste contre l’Italie, ce qui est loin  d’être impossible tellement nous sommes tombés bas, si Philippe Saint-André avait un tant soit peu de dignité, lui qui ne jure que par le professionnalisme, il démissionnerait immédiatement. Un patron digne de ce nom, sait tirer les conséquences de ses échecs à répétition en cédant sa place. Mais PSA, qui aime tant l’argent, si l’on en croit le président du RC Toulon, est-il capable de ce geste de panache, alors que les gros pardessus de la fédération ont décidé… de ne surtout rien décider?

Nous sommes devenus tellement timorés et prévisibles dans notre jeu stéréotypé, que la seule chance qui nous reste de briller  lors de la très prochaine Coupe du Monde, c’est de trouver un duo de maîtres tacticiens, capables d’inventer des schémas de jeu inédits et de fédérer un groupe, pour surprendre les grandes nations au jeu minutieusement orchestré depuis des mois.

Et quelle est l’équipe de top 14 qui incarne actuellement le plus le rugby à la française? L’Union Bègles-Bordeaux avec ses franchissements incessants et ses relances audacieuses. Franchement, Saint-André sur son canapé pendant la Coupe du Monde et un duo Ibanez-Etcheto pour amener un bienfaisant vent de folie au XV de France, ça ne vous ferait pas rêver?

Camou, as-tu du cran?

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La France, une équipe que tout le monde chambre désormais.

Tandis que Fabien Galthié se garde au micro de tout commentaire incisif susceptible de le fâcher avec quelqu’un, le brave Mathieu Lartot, qui est au rugby ce que Nadine Morano est à la culture, s’efforce, Audimat oblige, de nous faire prendre des plats de lentilles pour du caviar et sort des énormités dont il n’a même pas conscience. Certes les anciens fantômes bleus de Murrayfield ont livré une partie honorable dans leur jardin du Stade de France face à des Irlandais madrés, mais il est des phrases dont Mathieu Lartot, dans sa belle inconscience, ne semble pas percevoir l’énormité : « On est généreux, mais ça ne suffit pas! »

Jouer au rugby, si on n’est pas généreux et si on n’est pas prêt à tout donner au collectif n’a aucun sens. La générosité, c’est le qualificatif poli que l’on réserve aux équipes qui n’ont pas beaucoup d’autres atouts à faire valoir, aux Roumains d’il y a trente ans, aux Argentins d’il y a vingt ans, aux actuels Italiens de Sergio Parisse. Et l’amoureux du XV de France se retrouve aussi ébaudi de voir son équipe favorite réduite à la générosité, que d’apprendre que les Chinois en goguette à Paris claquent en moyenne 3000 euros par jour dans les grands magasins.

Côté langue de bois, Fabien Galthié n’est pas mal non plus. Parlant du camionneur affublé du numéro 13, le subtil entraîneur montpelliérain n’hésite pas à jouer de la périphrase : « Bastareaud a fait LE match… dans son style » Que Mathieu Bastareaud ait brassé de la viande à plaisir et fait l’admiration des forts des halles de Rungis ne fait pas le moindre doute, mais rappelons qu’un deuxième centre est affublé de l’étiquette d’attaquant. Deux passes en dix-huit minutes, soit bien plus que lors de ses précédentes sorties, et deux en-avant, si c’est ça LE match de Bastareaud…

Même souffrance en  ce qui concerne le jeu d’avants. Qui aurait pu, un jour, imaginer la mêlée écossaise redemander une mêlée face à la France ? Cette année, nos premières lignes ont goûté à l’herbe de tous les stades, alors que les nouvelles règles devraient favoriser les petits piliers comme Domingo ou Slimani. Visiblement, le staff est défaillant car ces joueurs brillent en clubs et n’ont aucun problème de tenue de mêlée. Rendez-nous Didier Retière, son joug à vérins hydrauliques et sa science de la mêlée!

Un coaching désastreux

Mais plus que les phrases approximatives du duo Galthié-Lartod, ce sont leurs silences qui ont été assourdissants. Alors que Maxime Machenaud affichait des jambes de feu, une belle réussite dans les transformations et la volonté d’enfiler le costume de patron du jeu, Jean-Marc Doussain, suite à un nouveau coaching désastreux de Saint-André à la 67e minute, rentrait sur le terrain pour rater une pénalité facile avant, désastre suprême, de louper à deux minutes de la fin une pénaltouche qui aurait pu permettre aux Français de réussir le hold-up. Un téléspectateur a-t-il entendu le moindre propos désobligeant sur ce coaching peu inspiré? Bien sûr que non! Et si, Saint-André, pendant la conférence de presse a évoqué les crampes de Machenaud pour justifier ce changement malheureux, bien malin le téléspectateur qui a pu remarquer le moindre signe de fatigue chez notre numéro neuf, qui a semblé fort surpris de sortir.

Bernard Laporte, lui, n’y va pas par quatre chemins dans « Aujourd’hui » : « Tout le monde continue à se mentir ».  Et il souligne la dégringolade de la France : «  Entre 2003 et 2007, nous avions remporté dix-sept matches. L’équipe de France régnait sur l’Europe. mais ça, tout le monde l’a oublié. Aujourd’hui, on a failli battre l’Irlande, chez nous, à la 79e minute. Il y a un décalage ».

 Depuis deux ans, Philippe Saint-André nous bassine avec le professionnalisme que doivent démontrer les joueurs. Il est désormais plus que temps de s’intéresser au professionnalisme du coach. Une place de sixième et de quatrième du Tournoi ne sont pas dignes du standing de la France. Les talents existent, comme Dullin, Huget, Fofana, Picamoles ou Slimani mais le staff tricolore n’arrive visiblement pas à proposer un plan de jeu adopté par les joueurs. À dix-huit mois de la Coupe du monde, le trio dirigeant de l’équipe de France a démontré ses limites. Au lieu de se contenter de faire de la figuration en Angleterre, Pierre Camou devrait se souvenir que le rôle d’un président de fédération ne se limite pas à participer aux banquets et exiger la démission de Philippe Saint-André pour cause de résultats insuffisants.

Lors de la Coupe du Monde 1999, Fabien Galthié, même pas titulaire au départ, avait intégré les Bleus par raccroc avant de devenir le maître à jouer de l’équipe. Pourquoi, alors que tout parait perdu, ne pas tenter le coup et confier les clés du camion tricolore à ce brillant technicien? Par ricoché, nous pourrions ainsi avoir un vrai consultant à la télé qui s’exprimerait sans crainte et Saint-André et Bastareaud se partageant le même canapé et découvrant que le rugby est aussi un jeu de passes…

… De quoi nous réconcilier enfin avec le rugby!