Le rugby amateur froidement malmené

Maillots dépareillés SCUF

À droite, l’équipe juniors 1 du SCUF, club de troisième division de l’époque, en 1973. Trois anciens jeux de maillot noir et blanc sont utilisés pour « habiller » l’équipe. Depuis le rugby est devenu professionnel, l’argent coule à flots, mais le monde amateur n’en voit toujours pas la couleur. (Si quelqu’un me reconnait, il est fort!)

Les crimes parfaits sont toujours réalisés au cœur de l’été, quand le citoyen ordinaire jouit d’un repos bien mérité et prête moins attention à l’actualité. L’assemblée générale de la ligue nationale de rugby, qui s’est tenue samedi dernier, n’a pas échappé à la règle et le « gros pardessus » Paul Goze peut se féliciter d’avoir réussi, ni vu ni connu, un superbe hold-up en faveur de Canal plus, avec la complicité bienveillante d’un autre « gros pardessus » Pierre Camou.

Quand le sage montre la lune, l’imbécile regarde le doigt. Tandis que L’Équipe ou Midi Olympique se pâmaient sur la convention qui va désormais lier les clubs à l’équipe de France et permettre aux internationaux français de jouer à armes égales avec leurs rivaux (enfin !), aucun média ne semble avoir relevé le nouveau mauvais coup porté au rugby amateur.

Bien entendu, tout le monde a pleurniché sur la baisse des audiences dans les stades, tout en se gardant bien de poser les bonnes questions. Si l’impact est minime en Top 14, avec moins 1,5% de spectateurs par rapport à la saison précédente, il est très net en Pro D2 avec moins 7%, soit 1 197 000 de spectateurs évaporés. Voilà ce qui arrive quand on programme des matches le jeudi soir, au mépris des supporters qui travaillent et quand la Pro D2 devient la variable d’ajustement rugby de Canal plus, avec des matches le jeudi, le vendredi ou le dimanche.

La santé de la chaîne cryptée est précaire, tout le monde le sait, la clé sur la porte n’est pas loin, ce qui n’empêche pas la Ligue de se jeter tête baissée dans ses bras et de continuer à mépriser plus que jamais les « cochons de payants » qui ont encore des velléités d’aller au stade.

Un deuxième match de Top 14 le dimanche

Ainsi Midi Olympique (11/7), pas plus ému que cela par cette information pourtant désolante, nous apprend que pour la prochaine saison , deux blocs distincts seront formés entre la Pro D2 et le Top 14. Les jeudis et vendredis soir seront uniquement consacrés à la deuxième division de l’élite (Que les salariés se débrouillent !), et les samedis et dimanches exclusivement réservés au Top 14.

Et au passage, pour servir l’appétit sans limite de l’ogre crypté, la diffusion d’un deuxième match, le dimanche, sans doute à 14 heures, sera autorisé, tandis que celui offert aux téléspectateurs à 16 heures sera maintenu.

Vous l’avez compris, tout le rugby amateur dont le précaire équilibre économique tient grâce à la buvette et aux sandwiches vendus le dimanche après-midi, vient d’être balayé d’un revers de main, avec un mépris qui laisse pantois.

Alors pour être cohérents, suggérons à Canal plus, compte tenu de son aversion affichée pour le monde amateur, de cesser de fanfaronner avec son appellation « La chaîne du rugby » et de devenir « La chaîne du pognon ». Mais on vous le dit, tout va bien dans le meilleur des mondes ovales puisque les dirigeants de ce sport continueront à péter dans la soie pendant que les bénévoles s’esquinteront la santé à tenter de faire survivre le club de leur cœur, sans la moindre aide ni considération.

… Vivement un grand coup de balai à la Fédération comme à la Ligue !

Et si Saint-André se montrait lui aussi professionnel?

Saint-André 4Professionnel! Philippe Saint-André n’a que ce mot à la bouche pour les rugbymen du XV de France qu’il dirige. Avec lui, c’est clair, c’est rigueur, rigueur et rigueur à chaque minute de la journée. Une pinte de bière à se partager entre les vingt-trois joueurs les soirs de victoires, heureusement fort rares, interdiction de toucher aux consoles vidéos passé vingt heures et tonton Lagisquet et papy Bru qui bordent les gamins tricolores dans leurs petits lits blancs de Marcoussis dès vingt-deux heures.

Et quand ça tourne mal, c’est à dire à presque tous les matches, Philippe Ouin-Ouin, ainsi que se plaisent à le surnommer les réseaux sociaux, a toujours une bonne excuse à faire valoir. Le ballon était carré, l’arbitre autiste ou les joueurs des starlettes!

Poursuivi par une poisse tenace, ce grand malchanceux peut donc s’enorgueillir du pire bilan qu’ait jamais connu un sélectionneur français, depuis que le rugby est professionnel. Avec 44% de victoires, on est loin, très loin derrière les résultats obtenus par le très décrié Marc Lièvremont, 60% de victoires tout de même.

Saint-André  Calimero

Si vous passez par la SPA, n’hésitez pas à adopter le PSA. Il pleure beaucoup mais est attachant.

Et plus les spécialistes s’étonnent de ses choix hasardeux, de ses incessantes permutations de joueurs, alors que toutes les équipes devenues championnes du monde se sont appuyées sur un axe 2-8-9-10-15, quasi immuable, plus notre Calimero national semble faire sienne la devise de l’humoriste Rémi Gaillard, « C’est en faisant n’importe quoi, que l’on devient n’importe qui ».

Les explications concernant l’équipe qui va être alignée contre l’Italie dimanche, auraient enchanté les surréalistes. Ainsi la charnière Tillous-Borde-Lopez va être la seizième essayée en vingt-cinq matches. Brice Dullin, revenant en équipe de France après une grave blessure se retrouve sur le banc au profit de Spedding, tandis que Camille Lopez, magnifique demi de fermeture au coup de pied de rouge-gorge, auteur d’une seule passe à ses coéquipiers lors de la première mi-temps d’Irlande-France et tout aussi transparent contre Galles, est reconduit dans ses fonctions. Bonjour la cohérence! Comment s’étonner dès lors que des joueurs étincelants avec leurs clubs, se retrouvent totalement tétanisés sous le maillot tricolore, tellement ils n’ont plus confiance ni en eux, ni en leurs partenaires, ni en leur système de jeu?

L’incroyable blanc-seing de Camou

L’ancien talonneur anglais, Brian Moore, s’étonnait publiquement dans Midi Olympique de la perte d’identité du jeu français qui se fourvoie en voulant imiter les Sud Africains et percuter au lieu de chercher des intervalles. Et à propos de la ligne d’attaque tricolore, il avait ce mot cruel : « Mais que fait Mathieu Bastareaud au milieu des trois-quarts avec son physique de talonneur? » Bonne question. Mathieu, contre l’Italie, sera simple remplaçant, mais il est certain que Philippe Saint-André ne résistera guère à la tentation de l’envoyer « camionner » les adversaires si la partie tourne mal.

Et l’on en revient à cet espèce de blanc-seing un peu incroyable que le président de la fédération de rugby, Pierre Camou, accorde au plus mauvais sélectionneur français de tous les temps. Oui, quoiqu’il arrive et quels que soient les résultats, Philippe Saint-André sera à la tête de l’équipe de France pendant la Coupe du Monde et ira au bout de son contrat.  Curieuse affirmation pour un rugby qui se veut professionnel. Quelle est l’entreprise qui est prête à garder des mois et des mois un commercial catastrophique qui multiplie les boulettes ou un patron qui met les comptes de sa boîte dans le rouge?

En cas de rouste contre l’Italie, ce qui est loin  d’être impossible tellement nous sommes tombés bas, si Philippe Saint-André avait un tant soit peu de dignité, lui qui ne jure que par le professionnalisme, il démissionnerait immédiatement. Un patron digne de ce nom, sait tirer les conséquences de ses échecs à répétition en cédant sa place. Mais PSA, qui aime tant l’argent, si l’on en croit le président du RC Toulon, est-il capable de ce geste de panache, alors que les gros pardessus de la fédération ont décidé… de ne surtout rien décider?

Nous sommes devenus tellement timorés et prévisibles dans notre jeu stéréotypé, que la seule chance qui nous reste de briller  lors de la très prochaine Coupe du Monde, c’est de trouver un duo de maîtres tacticiens, capables d’inventer des schémas de jeu inédits et de fédérer un groupe, pour surprendre les grandes nations au jeu minutieusement orchestré depuis des mois.

Et quelle est l’équipe de top 14 qui incarne actuellement le plus le rugby à la française? L’Union Bègles-Bordeaux avec ses franchissements incessants et ses relances audacieuses. Franchement, Saint-André sur son canapé pendant la Coupe du Monde et un duo Ibanez-Etcheto pour amener un bienfaisant vent de folie au XV de France, ça ne vous ferait pas rêver?

Camou, as-tu du cran?

??????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????

La France, une équipe que tout le monde chambre désormais.

Tandis que Fabien Galthié se garde au micro de tout commentaire incisif susceptible de le fâcher avec quelqu’un, le brave Mathieu Lartot, qui est au rugby ce que Nadine Morano est à la culture, s’efforce, Audimat oblige, de nous faire prendre des plats de lentilles pour du caviar et sort des énormités dont il n’a même pas conscience. Certes les anciens fantômes bleus de Murrayfield ont livré une partie honorable dans leur jardin du Stade de France face à des Irlandais madrés, mais il est des phrases dont Mathieu Lartot, dans sa belle inconscience, ne semble pas percevoir l’énormité : « On est généreux, mais ça ne suffit pas! »

Jouer au rugby, si on n’est pas généreux et si on n’est pas prêt à tout donner au collectif n’a aucun sens. La générosité, c’est le qualificatif poli que l’on réserve aux équipes qui n’ont pas beaucoup d’autres atouts à faire valoir, aux Roumains d’il y a trente ans, aux Argentins d’il y a vingt ans, aux actuels Italiens de Sergio Parisse. Et l’amoureux du XV de France se retrouve aussi ébaudi de voir son équipe favorite réduite à la générosité, que d’apprendre que les Chinois en goguette à Paris claquent en moyenne 3000 euros par jour dans les grands magasins.

Côté langue de bois, Fabien Galthié n’est pas mal non plus. Parlant du camionneur affublé du numéro 13, le subtil entraîneur montpelliérain n’hésite pas à jouer de la périphrase : « Bastareaud a fait LE match… dans son style » Que Mathieu Bastareaud ait brassé de la viande à plaisir et fait l’admiration des forts des halles de Rungis ne fait pas le moindre doute, mais rappelons qu’un deuxième centre est affublé de l’étiquette d’attaquant. Deux passes en dix-huit minutes, soit bien plus que lors de ses précédentes sorties, et deux en-avant, si c’est ça LE match de Bastareaud…

Même souffrance en  ce qui concerne le jeu d’avants. Qui aurait pu, un jour, imaginer la mêlée écossaise redemander une mêlée face à la France ? Cette année, nos premières lignes ont goûté à l’herbe de tous les stades, alors que les nouvelles règles devraient favoriser les petits piliers comme Domingo ou Slimani. Visiblement, le staff est défaillant car ces joueurs brillent en clubs et n’ont aucun problème de tenue de mêlée. Rendez-nous Didier Retière, son joug à vérins hydrauliques et sa science de la mêlée!

Un coaching désastreux

Mais plus que les phrases approximatives du duo Galthié-Lartod, ce sont leurs silences qui ont été assourdissants. Alors que Maxime Machenaud affichait des jambes de feu, une belle réussite dans les transformations et la volonté d’enfiler le costume de patron du jeu, Jean-Marc Doussain, suite à un nouveau coaching désastreux de Saint-André à la 67e minute, rentrait sur le terrain pour rater une pénalité facile avant, désastre suprême, de louper à deux minutes de la fin une pénaltouche qui aurait pu permettre aux Français de réussir le hold-up. Un téléspectateur a-t-il entendu le moindre propos désobligeant sur ce coaching peu inspiré? Bien sûr que non! Et si, Saint-André, pendant la conférence de presse a évoqué les crampes de Machenaud pour justifier ce changement malheureux, bien malin le téléspectateur qui a pu remarquer le moindre signe de fatigue chez notre numéro neuf, qui a semblé fort surpris de sortir.

Bernard Laporte, lui, n’y va pas par quatre chemins dans « Aujourd’hui » : « Tout le monde continue à se mentir ».  Et il souligne la dégringolade de la France : «  Entre 2003 et 2007, nous avions remporté dix-sept matches. L’équipe de France régnait sur l’Europe. mais ça, tout le monde l’a oublié. Aujourd’hui, on a failli battre l’Irlande, chez nous, à la 79e minute. Il y a un décalage ».

 Depuis deux ans, Philippe Saint-André nous bassine avec le professionnalisme que doivent démontrer les joueurs. Il est désormais plus que temps de s’intéresser au professionnalisme du coach. Une place de sixième et de quatrième du Tournoi ne sont pas dignes du standing de la France. Les talents existent, comme Dullin, Huget, Fofana, Picamoles ou Slimani mais le staff tricolore n’arrive visiblement pas à proposer un plan de jeu adopté par les joueurs. À dix-huit mois de la Coupe du monde, le trio dirigeant de l’équipe de France a démontré ses limites. Au lieu de se contenter de faire de la figuration en Angleterre, Pierre Camou devrait se souvenir que le rôle d’un président de fédération ne se limite pas à participer aux banquets et exiger la démission de Philippe Saint-André pour cause de résultats insuffisants.

Lors de la Coupe du Monde 1999, Fabien Galthié, même pas titulaire au départ, avait intégré les Bleus par raccroc avant de devenir le maître à jouer de l’équipe. Pourquoi, alors que tout parait perdu, ne pas tenter le coup et confier les clés du camion tricolore à ce brillant technicien? Par ricoché, nous pourrions ainsi avoir un vrai consultant à la télé qui s’exprimerait sans crainte et Saint-André et Bastareaud se partageant le même canapé et découvrant que le rugby est aussi un jeu de passes…

… De quoi nous réconcilier enfin avec le rugby!