Une justice un pneu gonflée!

Goodyear 2Grande première sous la Ve République! Les salariés sont désormais priés de crever la gueule fermée et en silence, afin de ne pas froisser les délicates oreilles patronales, si l’on se fie au tribunal d’Amiens, qui vient de condamner huit ex-salariés de Goodyear à neuf mois de prison ferme pour avoir séquestré pendant trente heures, sans la moindre violence, le directeur des ressources humaines et le responsable de production de l’usine Amiens-nord. Pas de chemise arrachée comme à Air France, pas de coups portés, des plaintes déposées puis retirées dans un souci d’apaisement, mais un procureur qui refuse de prendre en compte la violence d’un patron-voyou envoyant au chômage, sans le moindre état d’âme, 1143 salariés.

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Des « séquestrés » qui semblent particulièrement malmenés, comme en témoignent les images de l’époque.

Décidément la gauche socialiste, quand elle se retrouve au pouvoir, ose ce que la droite la plus réactionnaire ne se permettrait même pas en rêve! Et qu’on ne vienne pas nous parler d’indépendance de la Justice! Depuis 1958, elle n’a jamais pris une décision sensible sans en référer à son ministère de tutelle, qu’il soit de droite ou de gauche. Ce verdict n’a donc pas été une surprise ni pour Hollande ni pour Valls. Ah, je l’imagine d’ici le petit matamore catalan, qui est tellement au goût du patronat, décider qu’il ne va plus se laisser emmerder par la CGT.  Pas de chance, ce jugement est tellement énorme, tellement scandaleux, qu’il pourrait bien se retourner contre ses instigateurs. Déjà l’édifice gouvernemental craquèle. Pascale Boistard, la secrétaire d’état aux Droits de la femme, a immédiatement réagi sur Twitter : «Au-delà des fonctions et responsabilités, devant une si lourde condamnation, je ne peux qu’exprimer mon émotion fraternelle», tandis que le député socialiste Yann Galut précise : «J’aimerais la même sévérité à l’égard des patrons voyous« .

Le numéro un de la CGT, Philippe Martinez, a tout à fait raison de voir dans ce jugement une « déclaration de guerre » et « une décision scandaleuse et injuste« . Le leader communiste, Pierre Laurent, dénonce « une criminalisation scandaleuse de l’action syndicale »  et Jean-Luc Mélenchon, ironique, twitte un retentissant « Merci Taubira ».

Étonnez-vous après cela, si ça pète très fort un de ces jours!

Air France : un gouvernement indigne

Air france 01Avec cet humour pince-sans-rire qui le rend unique dans le paysage politique français, Olivier Besancenot, après l’altercation opposant la semaine dernière des syndicalistes au DRH d’Air France Xavier Broseta et son adjoint, Pierre Plissonnier, obligés d’escalader des grilles torses nus, s’était contenté d’un tweet moqueur : « Sans-culotte : 1- Sans chemise : 0″ , tandis que l’hebdomadaire trotskyste « Lutte ouvrière » titrait : « Air France : la direction tombe le masque… et la chemise« .

C’était donner à l’affaire l’importance qu’il convenait, mais le chœur des vierges médiatiques et politiques, s’imaginant sans doute subir un jour pareil sort, de hurler au scandale et à la violence indignes. Sans avoir un seul mot pour les 1900 salariés d’Air France, menacés de chômage et qui, depuis des années, de gains de productivité en promesses non-tenues, subissent au travail des violences autrement plus intolérables qu’une chemise déchirée ou une cravate malmenée.

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La violence n’est jamais une bonne solution et un DRH n’est pas voué à jouer les Chippendales. Mais, entre une chemise déchirée et des familles précipitées dans le chômage, où est la vraie violence?

Le retour de manivelle, pour autant que les réacteurs d’avions démarrent à la manivelle, ne s’est pas fait attendre : cinq des six présumés coupables, cueillis lundi matin à l’aube par la police devant leurs familles, pour être gardés à vue à grands renforts de sirènes hurlantes et de pneus crissants. Et qu’on ne vienne pas nous dire, dans cet État où plus personne ne prend ses responsabilités, que le parquet de Bobigny a envoyé la police sans en référer à Bernard Cazeneuve ou Manuel Valls. Est-ce que ces militants, ayant transformé leurs DRH en improbables Chippendale, ne se seraient pas présentés à une convocation? Bien sûr que si! Est-ce qu’ils font courir un quelconque danger à leurs concitoyens?  Pas le moindre! Mais c’est tellement bon de les humilier publiquement, ces trublions qui ont fait frissonner le pouvoir! Manuel Valls, « le garde-chiourme d’Air France », comme l’a qualifié Jean-Luc Mélenchon, n’a pas résisté au plaisir de faire le show et d’envoyer un signal fort à l’électorat de droite qu’il veut séduire, en vue des prochaines échéances électorales.

Air France LO

Si vous voulez de véritables informations sur les conflits sociaux, oubliez la presse traditionnelle et plongez-vous dans « L’Humanité » ou la presse d’extrême-gauche.

Bon réflexe, le député-maire Front de gauche de Tremblay, François Asensi, a immédiatement réclamé dans une lettre adressée au secrétaire d’État aux Transports, Alain Vidalies, la suspension du Crédit impôt compétitivité emploi (CICE) pour Air France (selon lui, d’un montant de 109 millions d’euros en deux ans) «tant que la direction n’aura pas annoncé une remise à plat du plan de licenciement imposé aux personnels». Mais il est bien seul à L’Assemblée à se manifester.

Heureusement que le Front de gauche, le parti communiste, quelques écolos regroupés autour de Cécile Duflot et l’extrême-gauche sont intervenus pour dénoncer la forfaiture de ce « prétendu gouvernement de gauche » qui « traite des militants comme des criminels« , selon les mots de Pierre Laurent, car le silence de la gauche traditionnelle a été absolu… et désolant.

Pas de doute, cette gauche gouvernementale indigne, dans l’affaire Air France comme dans bien d’autres,  vole vraiment très très bas!

DRH : une profession haïssable

«  Désormais, les patrons annoncent les bénéfices et nous… les plans sociaux » me confiait récemment un DRH (Directeur des Ressources Humaines et non Directeur des Roueries Humaines!), connu il y a trente ans, à l’occasion d’un congrès de jeunes DRH. Ah, ils en avaient des illusions à l’époque, nos sémillants diplômés. Ils allaient remettre l’humain au centre de l’entreprise. Ils seraient des médiateurs qui protégeraient les salariés contre la gloutonnerie de certains patrons. Ils ont juste oublié un petit détail, nos charmants fils de famille, persuadés d’être capables de faire de l’humanitaire dans les entreprises. Malgré leur titre ronflant, ils sont des salariés et ne peuvent mordre la main qui les nourrit. Et c’est ainsi qu’ils sont devenus les exécuteurs des basses besognes patronales.

Ma propre expérience à L’Équipe,  de 1977 à 1996, illustre à merveille cette évolution. Lors de mon engagement, un vieux reporter proche de la retraite gérait les notes de frais des journalistes et supervisait le service du personnel. Ayant lui-même bourlingué pendant trente ans, il savait détecter comme personne le reporter qui avait tendance à « gonfler » ses frais et défendre financièrement celui qui avait connu un réel impondérable. Et puis, peu après la mort de Jacques Goddet, on nous a expliqué qu’une rédaction était une entreprise comme les autres et qu’il nous fallait un directeur des ressources humaines. Mauvaise pioche, l’un des premiers recrutés au poste était un ivrogne invétéré qui s’endormait sur son bureau pendant les réunions avec le personnel. Viré! Son successeur, nettement plus jeune et sympathique, s’était beaucoup mieux intégré à la rédaction. Allant même jusqu’à parier avec l’ensemble des journalistes présents sur les grandes compétitions comme la Coupe du monde de football et à gagner le concours de pronostics et l’équivalent des 300 euros de cagnotte. Avant de susciter les doutes de l’organisateur du concours, qui avait gardé des photocopies de tous les bulletins, ce que le DRH ignorait, puisque les vrais bulletins étaient enfermés dans un coffre. La vidéosurveillance, nouvellement installée dans tout l’immeuble, fit sa première victime en la personne du DRH. Il était revenu en douce, la veille du dépouillement pour ouvrir le coffre et modifier son bulletin. Et encore un de viré! Décidément, cette profession peut vraiment se permettre de donner des leçons de vertu aux autres salariés!