Le requiem d’un système

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Neuf heures de garde à vue, une peine possible de prison de dix ans… et à peine entamé !

Pour avoir quelques copains qui ont subi des gardes à vue, pour avoir déjà entendu des policiers se vanter de la façon dont « ils attendrissent la viande » en laissant le suspect mariner dans des cellules indignes de la République, je ne me permettrai ni ironie ni même un sourire sur les neuf heures de garde à vue qu’a subies Didier Borotra, le 11 décembre à Bayonne, et me garderai de tout commentaire sur l’affaire tant que la Justice n’aura pas terminé son travail.

Habitant depuis dix ans à Biarritz, j’ai parfois ressenti beaucoup d’agacement, ces derniers jours, en entendant les railleries de ceux qui, il y a si peu de temps, mangeaient encore dans la main de cet homme, désormais âgé de 76 ans, qui risque dans cette affaire dix ans de prison.

J’ai beaucoup combattu dans La Semaine du Pays basque et dans ce blog, les décisions prises par Didier Borotra, mais je n’ai jamais pensé qu’il était devenu maire de cette ville par hasard. L’homme est affable, habile et remarquablement intelligent. Et il a eu pas mal de bonnes idées pour la ville. Malheureusement, maire depuis 1991, il est l’incarnation même de ce qu’est le dévoiement en politique. Et illustre à merveille, cette notion du « mandat de trop ».

C’est toujours la même histoire : ce ne sont pas les imbéciles qui se lancent en politique, mais des gens généreux, altruistes, préoccupés des autres. Et puis, pour faire progresser leurs idées, ils commencent à accepter des compromis, des alliances improbables et finissent par se renier eux-mêmes, dans un système particulièrement corrupteur. Ainsi, l’écologie est une cause magnifique, qui devrait mobiliser tout le monde. Mais, au niveau national, les méandres empruntés par les Verts, les contradictions d’une Cécile Duflot, ont de quoi vous dégoûter à jamais de la politique.

En piquant le pouvoir à Bernard Marie, grâce à une alliance improbable, le centriste Didier Borotra a dégoupillé la grenade qui l’emporte aujourd’hui. Prenez la composition de l’actuel conseil municipal. Même une maman pottok n’y retrouverait pas ses petits! On trouve des socialistes de la majorité et des socialistes d’opposition, des abertzale qui suivent aveuglément le maire et d’autres qui s’opposent à lui, on a aussi des opposantes comme Maïder Arostéguy qui ne s’oppose à rien depuis qu’elle a intégré le conseil d’administration de L’hôtel du Palais, et des membres de la majorité qui s’égosillent à répéter que le vieux est devenu fou.

Et quel est le résultat à l’arrivée de ces basses manœuvres politiciennes ? Un autocrate qui décide de tout, seul, un adjoint, désormais candidat, qui n’a pas bougé une oreille pendant vingt ans et cherche à faire oublier sa soumission, un autre adjoint qui fait du sous-Borotra en rassemblant le plus large et improbable possible sur sa liste, tandis que le troisième, énarque frais arrivé de la capitale, ne veut surtout pas expliquer dans quelle condition il a quitté la mairie de Paris.

La vraie question à se poser, est de se demander comment ce système Borotra a pu tenir sans exploser pendant aussi longtemps. La réponse est simple : avec des hochets donnés aux élus pour pouvoir gouverner tranquille. L’hôtel du Palais (300 000 euros de factures non justifiées émises par la mairie chaque année!) et le Foro (… C’est bien connu, les voyages forment la jeunesse et enchantent les conseillers!) ont été des machines à corrompre les conseillers municipaux.

Étonnez-vous, ensuite, d’un désastre comme La Cité de l’océan! Didier Borotra était quasiment le seul à croire en ce projet. Témoin direct des débats qui ont précédé sa naissance, je peux certifier que la plus grande part de la majorité était défavorable, ou au minimum très sceptique. MAIS ILS ONT LAISSÉ FAIRE et, cela, les Biarrots ont du mal à leur pardonner.

L’affaire des procès-verbaux, qui fait tant causer dans les chaumières n’est pas aussi anodine qu’elle n’y paraît. Bien sûr, c’est sympathique, un maire qui, plus vite que le magicien Majax, fait disparaître les prunes! Selon Anne Kayanakis, procureur de la République, 5512 timbres amendes ont été irrégulièrement annulés pour un montant de 120 542 euros, entre le 1er janvier 2009 et le 1er juin 2013. Vous imaginez ce que cela représente sur vingt-deux ans de règne. Et pendant ce temps-là on rabotait consciencieusement les subventions des associations de la ville!

Tous les candidats en lice actuellement, très préoccupés par leurs petits jeux politiques –  » je t’aime, moi non plus, mais je vais te trouver très désirable au deuxième tour  » – seraient plutôt avisés de prendre en compte le ras le bol des électeurs Biarrots. Une rupture, une véritable rupture avec le système mis en place par Didier Borotra s’impose. Un conseil municipal, ce n’est pas une équipe qui marche au pas derrière son leader, par crainte de perdre sa gamelle. Ce sont des hommes et des femmes responsables et citoyens qui, même s’ils appartiennent  à la majorité, doivent pouvoir sans crainte s’opposer à tel ou tel projet. Sans qu’on leur refuse la parole, voire qu’on leur coupe le micro en pleine intervention, tandis que les rares citoyens présents aux séances du conseil municipal n’arrivent pas à capter quoique ce soit des échanges entre élus. La démocratie, alors qu’Internet est devenu un jeu d’enfants, serait au minimum de filmer les débats et de les mettre en ligne dans les jours qui suivent pour que chacun puisse en conscience juger du travail des élus.

Alors que l’on espère, chaque jour, que les candidats à la mairie vont affirmer haut et fort leur volonté de rompre avec les pratiques de l’époque Borotra et ne pas chausser les pantoufles de leur prédécesseur, plus que jamais, la célèbre citation de Lord Acton semble d’actualité à Biarritz :  » Le pouvoir tend à corrompre, le pouvoir absolu corrompt absolument. «