Brexit : la faute à Rachida

DatiMerci les Anglais. Une bonne baffe du matin qui remet les idées en place. Votre départ va nous faire du bien, pour une raison surtout : enfin nous avons une petite chance que l’Union Européenne se remette en question après cette dérive autiste prise depuis plus de vingt ans. En France notamment. Le refus de respecter le « Non » des français lors du referendum sur la révision de la constitution européenne reste une plaie ouverte sur le grand corps de la démocratie en France.

Quelques cicatrices parsèment ce corps : les téléphones de Rachida Dati en sont l’illustration. Figure de proue de ces députés arrogants pianotant sur leurs portables, sans écouter, sans voir, sans parler, simplement parce qu’ils s’en foutent. On l’a cherché, à force d’envoyer aux élections européennes nos cargaisons de voitures-balais, des copains et des coquins dont les partis politiques ne veulent plus, le résultat est là. Des députés fragiles devant les sirènes des lobbies trop puissants : tabac, industrie chimique, laboratoires pharmaceutiques, pétrole : à tel point que des projets de lois présentés par des députés sont des copiés/ collés de documents issus des lobbies eux-mêmes ! Des solutions existent. Obliger les députés à ne recevoir un lobby qu’en présence d’un représentant d’un lobby contradictoire, par exemple. Interdire dîners, déjeuners et voyages, serait bon aussi pour nos députés, d’ailleurs.

Virons Rachida Dati et tous ceux qui pianotent sur leurs téléphones pendant que les lois sont votées. Installons des citoyens qui auraient des comptes à rendre en terme de présence, de dossiers et de lois votées.

(Pour illustrer le propos, le débat entre Pascal Lamy et Jean-Pierre Chevènement sur Europe 1 : http://www.europe1.fr/emissions/mediapolis/mediapolis-250616-2782099)

Et revenons aux fondamentaux : l’Europe n’a pas été créée pour faire le lit d’une politique libérale dont le profit est la seule raison de vivre. Débarrassé de la City de Londres, occupons-nous du Luxembourg, dont le rôle toxique en matière de blanchiment d’argent sale a été démontré, et qui ne doit plus être un leader moral. L’âme de l’Europe, après la deuxième guerre mondiale, était l’union des peuples pour éviter les guerres. Aujourd’hui, la paix passe clairement par une politique de gestion humaine des réfugiés, par la relocalisation de l’économie après les dégâts de la mondialisation, une politique de défense commune, une main rendues aux jeunes européens au chômage, enfin un virage intelligent vers une écologie libérée des lobbies toxiques.  Parmi les électeurs en Grand Bretagne hier, qui comprenait le fonctionnement entre le parlement, la commission le Conseil ? Peu d’entre eux, comme en France d’ailleurs. Imaginons que la France vienne à répondre à un référendum genre «France Out ». Chiche que c’est le portable de Rachida qui ressortirait.

En attendant, encore merci les Anglais, ne laissons pas passer cette chance que vous nous avez offerte.

Sylvie BARRANS

Nėe à Bordeaux, Sylvie Barrans, après un bref passage aux Nouvelles de Tahiti et à Libération, est entrée au bureau de Paris du New York Times où elle est restée pendant 15 ans. Installée au pays Basque depuis 16 ans, elle se consacre principalement à l’écologie sous toutes ses formes, comme avec sa chronique  » La minute verte du Pays basque  » sur France bleu, ou ses piges au Mag de Sud Ouest

La douce revanche du « con de la famille »

DebréDécidément, les vilains petits canards noirs restent toujours les plus intéressants de la portée ! Imaginez un peu comme il a dû s’amuser dans son enfance, le petit Jean-Louis, en étant le fils du très rigolo Michel Debré, « inventeur » de notre constitution et Premier ministre du grand Charles. Doté de surcroît de trois frères, tous brillants dans leurs études, tandis que l’intéressé ratait superbement son baccalauréat. D’où ce surnom de « con de la famille », méchamment colporté par son faux jumeau Bernard, qui en matière de haine recuite et de courte vue peut se targuer d’être un spécialiste. Heureusement, par le biais d’une capacité en droit, suivie d’une licence, avant de louper Sciences-Po, le vilain petit canard Jean-Louis va décrocher un poste de juge d’instruction, tout en demeurant un conseiller technique officiel ou officieux de Jacques Chirac, à qui il voue amitié et admiration.

Député de l’Eure, puis médiocre ministre de l’Intérieur, responsable de l’expulsion des sans-papiers de l’église Saint-Bernard, Jean-Louis Debré va se patiner avec le temps, devenant un honorable président de l’Assemblée nationale puis un excellent Président du Conseil constitutionnel en 2007, qui n’hésitera pas à retoquer les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy.

Définitivement guéri de la vie politique, (« La politique n’est pas le royaume des amitiés sincères et durables. La lutte pour le pouvoir et les ambitions les rendent précaires, voire inexistantes »), Jean-Louis Debré réussit avec « Ce que je ne pouvais pas dire » un livre drôle et efficace de la première à la dernière page.  Et comme le vilain petit canard noir est loin d’être maladroit avec un stylo et voue une passion sans limite à la littérature (Pour l’avoir croisé un nombre incalculable de fois dans la Librairie Delamain qui fait face au Conseil constitutionnel, je peux témoigner de sa boulimie de papier imprimé !), l’ouvrage va faire passer un très bon moment à tous les passionnés de vie publique.

Car si le Conseil constitutionnel est une institution sérieuse qui a de plus en plus de travail, on y trouve parfois des rivalités de cour d’école, en particulier entre les deux anciens présidents de la République Valéry Giscard d’Estaing et Chirac. Si pour le premier le compteur est resté bloqué en 1981, malgré de loin en loin de brillantes fulgurances, le deuxième est resté, avant que la maladie ne l’oblige à démissionner, l’élève brillant mais chahuteur qui a le don de faire rire toute la classe, profs compris. Profitant d’un habituel retard de VGE, Chirac va ainsi s’installer dans le fauteuil du monarque déchu et faire pouffer l’assistance en lançant « Je sens l’intelligence qui remonte ». Et quand les deux ennemis sont présents, chacun prend d’ailleurs un malin plaisir à ne pas écouter l’autre et à perturber son intervention en chiffonnant des papiers ou en se faisant servir le thé. Lorsque Giscard publiera, en 2009, le très mièvre « La princesse et le président », où il laisse entendre un lien intime avec la princesse Diana, Jean-Louis Debré qui connaît par cœur son Chirac, lui fera jurer de ne pas intervenir publiquement. Et celui qui était surnommé par le personnel féminin du RPR, « Monsieur douze minutes, douche comprise », de lancer à son voisin, à voix faussement basse, du ton de l’homme à femmes qui se moque de son voisin puceau : « Tu crois vraiment qu’il se l’est faite ? », ce qui tétanisera VGE dans son intervention.

Jospin encensé, Dati vilipendée

Debré Chirac

Douze ans d’écart entre Jean-Louis Debré et Chirac, mais une amitié totale et absolue. Et quelques virées en commun dans les bistrots proches du Conseil constitutionnel ou à Saint-Germain, qui ont eu le don de mettre Bernadette en fureur.

Heureusement, « Ce que je ne pouvais pas dire », ne se limite pas à ce registre et on y trouve aussi des portraits très subtils des figures majeures de la vie politique actuelle. Sarkozy, pour qui le monde se limite aux vassaux qui le servent et aux ennemis qu’il veut « écrabouiller », mais aussi Juppé, qui « ne croit qu’en lui et cela se voit. Il extériorise peu de chaleur humaine, malgré une sensibilité réelle. Timide, il n’arrive pas à exprimer ces sentiments. Ce handicap crée avec les autres une distance qu’il ne parvient pas à combler. » ou Hollande, si chaleureux, si courtois… et si incapable de décider !

Debré est d’ailleurs le premier à se moquer de lui-même. À l’occasion d’un Salon du Livre à Dijon, où il dédicace un de ces romans policiers qu’il adore écrire, Debré est accosté par un vieux monsieur qui le félicite… pour son action de député. Jean-Louis lui explique qu’il a quitté l’Assemblée nationale en 2007. Désarroi du vieux monsieur : « Et à part, écrire des livres, qu’est-ce que vous faites ?». « Je suis président du Conseil constitutionnel » L’homme repart très déçu, n’ayant visiblement aucune idée de l’importance du poste.

Et c’est dans l’analyse même du fonctionnement du Conseil constitutionnel, que ce soit au moment des lois en faveur du mariage pour tous ou pendant l’examen des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy, que Jean-Louis Debré, défenseur féroce de notre actuelle Constitution imaginée par son père, se montre le plus intéressant, privilégiant manifestement la valeur humaine des gens qu’il croise à leur étiquette politique. Ainsi, il ne cache pas ses sympathies pour Christine Taubira ou Henri Emmanuelli et se montre fort élogieux sur le sens de l’État et la capacité de travail de l’austère qui se marre rarement Lionel Jospin. En revanche, il ne rate guère Rachida Dati et ses caprices de star, Jean-François Copé à l’arrivisme forcené, ou le diaphane président du Sénat, Jean-Pierre Bel, prédécesseur de Gérard Larcher.

Et surtout, il pousse un coup de gueule majeur contre des lois de plus en plus mal ficelées et truffées d’amendement qui les rendent inapplicables, avant de se souvenir, fort à propos de ce qu’écrivait, il y a près de deux siècles, Jules Michelet : « La politique est l’art d’obtenir de l’argent des riches et des suffrages des pauvres, sous prétexte de les protéger les uns des autres ». Maxime toujours d’actualité pour les présidentielles de 2017.

« Tout ce que je ne pouvais pas dire » n’a donc rien d’un livre complaisant ou nostalgique. C’est plutôt l’ouvrage d’un homme qui pose sa cravate avec soulagement avant de décider de se confier à ses amis.  Et nous vérifions avec plaisir qu’un homme qui déteste aussi viscéralement Nicolas Sarkozy ne saurait être tout à fait mauvais.

« Ce que je ne pouvais pas dire« , Jean-Louis Debré, éditions Robert Laffont, 360 pages, 21 €.

Européennes, le débat escamoté

HollandeBourdin

Visiblement, le drapeau européen affiché dans les studios de BFM TV n’était là que pour décorer. En réponse à une question de Jean-Jacques Bourdin, Hollande bâcle le sujet européen en moins de trois minutes.

Comme une vieille bigote qui se délecte à l’avance à l’idée d’aller confesser ses turpitudes au curé de la paroisse, François Hollande s’est livré face à Jean-Jacques Bourdin, sur BFM-TV et RMC, à un recensement méticuleux et interminable de ses propres défaillances pendant les deux premières années de son mandat. Et il n’est pas sûr que les promesses, répétées comme des mantras par le président de la République, de lendemains meilleurs pour notre nation aient convaincu beaucoup de Français.

Il aura fallu attendre en tout cas trente minutes et une question de Jean-Jacques Bourdin pour que François Hollande se décide à parler enfin de l’Europe. Et de quelle façon! En moins de trois minutes, sur plus d’une heure d’entretien, Hollande a fait le constat de l’incapacité de l’Europe à s’entendre face au problème posé par l’Ukraine, avant de se glorifier de son action au Mali… un pays où la même Europe a brillé par son absence. Et c’est tout ! Voilà vraiment qui donne envie de voter aux élections européennes !

On ne s’étonnera donc pas, alors que nous allons choisir nos députés européens dans un peu plus de deux semaines, si le taux d’abstention pour cette élection est vertigineux.

Les médias français font d’ailleurs souvent preuve de la même stupéfiante désinvolture sur le sujet européen que notre roi de l’escapade nocturne en scooter. Une fois de plus, on va donner la parole aux  pro et anti-européens, déplorer le nombre important d’abstentionnistes et … ignorer totalement cette part importante de la population française, pro-européenne, mais souhaitant une institution plus démocratique et moins bureaucratique. Quel est l’homme de la rue qui est capable actuellement d’expliquer en détail le fonctionnement de cet obscur machin dénommé Europe et de citer les figures marquantes de l’institution ?

Le malentendu date de 1992 et du traité de Maastricht et le moins que l’on puisse dire, c’est que rien n’a été fait depuis pour nous permettre de comprendre et apprécier le travail fait par l’Europe, le sommet ayant été atteint avec le referendum sur la Constitution européenne de 2005, rejetée à 54% par les Français et … appliquée quand même. Philippe Séguin ou Laurent Fabius, deux hommes que l’on ne peut soupçonner d’antipatriotisme primaire, ont tenté en leur temps d’alerter les Français sur les dérives européennes avant de rentrer dans le rang et de se faire oublier, jugeant le combat trop risqué politiquement.

Une fois de plus, tous ceux qui souhaitent une Europe au fonctionnement beaucoup plus limpide seront écartelés, le 25 mai, entre la tentation de ne pas aller voter, faute d’avoir été pris en compte, et celle, plus patriotique, de déposer un bulletin malgré la médiocrité des candidats proposés.

On se souvient de Rachida Dati, élue députée européenne et clamant son désespoir face à une telle punition. Dans le même registre, on félicitera Michèle Alliot-Marie qui ne trouve rien d’autre à dire sur les élections européennes que la perte de revenus que représenterait une victoire pour elle.

L’irréprochable député européen écologiste Yannick Jadot a malheureusement raison, lorsqu’il constate, un peu amer : « L’Europe devrait être une Ligue des champions, elle est plutôt une Ligue pour recalés ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est visiblement pas la désinvolture de François Hollande à l’égard de l’Europe qui risque de changer les choses.

Son Rachidada, c’est le toupet!

RachidadaC’est une amie parfaite, présente et attentionnée… du moins tant qu’elle a besoin de vous. Albin Chalandon, qui l’a aidée à faire ses premiers pas dans le grand monde, ou Simone Weil, qui lui a confiée sa robe d’avocate  le jour où elle a prêté serment, peuvent en témoigner. Si l’expression toupet d’airain ne vous est pas totalement familière, alors lisez Rachida ne meurt jamais d’Élisabeth Chavelet, rédactrice en chef de Paris Match et vous comprendrez.

Brice Hortefeux, qui ne l’aime guère et qui est un spécialiste des dérapages racistes, la résume ainsi : « Cette fille aurait dû voler des mobylettes dans la banlieue de Chalon. elle termine Garde des Sceaux de la cinquième puissance mondiale. Quand on voit le chemin qu’elle a fait, on est fasciné. Quand on voit comme elle l’a fait, on est atterré. » Il faut aussi préciser que l’ami Brice, dont le courage n’est pas la vertu première, s’est fait alpaguer à la sortie de l’Élysée par Rachida Dati qui lui a lancé, devant les photographes de presse médusés, « Tu veux que je te casse les tibias ? ».

Car cette crevette médiatique, qui pratique la boxe assidûment, n’a peur de rien, ce qui lui vaut autant d’inconditionnels que d’ennemis. Jean-Pierre Raffarin, Christian Jacob et Dominique Bussereau ne jurent que par elle, estimant que c’est la seule véritable star à l’UMP. François Fillon et une liste interminable d’UMP bon teint la détestent.

Fidèle à sa famille, sur laquelle elle veille farouchement pour qu’ils ne manquent de rien, Rachida sait jouer comme personne de ses origines populaires pour se gagner le cœur du petit personnel, indispensable à sa réussite. À partir de 2007, elle multiplie les petits cadeaux destinés à Nathalie, l’assistante dévouée de Claude Guéant et peut ainsi connaître tous les rendez-vous de … Nicolas Sarkozy. Quand le couple Cécilia-Nicolas tangue, elle comprend tout de suite qu’elle doit devenir l’alliée de Cécilia partie vivre ses amours à New-York, pour avoir un accès privilégié à Nicolas en devenant l’intermédiaire indispensable du couple en plein naufrage. Et quand Sarkozy tombe raide dingue de Carla, qui prend tout de suite la mesure de l’intrigante, elle joue les petits oiseaux apeurés en Conseil des ministres, tout en sortant l’artillerie lourde auprès de la presse, au moment où Pierre Charon l’accuse de colporter des rumeurs sur les infidélités réciproques du couple avec Benjamin Biolay et Chantal Jouanno.

Démonstration que l’artillerie lourde est efficace, c’est Carla qui devra s’y coller au micro d’Europe 1, en rappelant que la garde des Sceaux est une amie, avant que Rachida n’annule tous les rendez-vous prévus avec les journalistes.

Rachida est ainsi faite que tout ce qui brille l’attire : Jamel Debbouze, Patrick Bruel et Jean-Claude Darmon l’adorent. Dany Boon, Gad Elmaleh et Johnny Halliday sont ses potes… et même Alain Delon, au compliment rarissime : « C’est une femme extraordinaire, explosive. Elle a un tempérament de hyène. Elle se bat comme un fauve, toujours sur ses gardes. » Un compliment vraiment ?

Multipliant les aventures amoureuses avec le grand patronat (… l’argent, il n’y a que ça de vrai!), Rachida vit son élection européenne comme une punition absolue. jusqu’au jour où elle oublie de fermer son micro devant les caméras de M6 : « Je n’en peux plus! Je n’en peux plus! Je pense qu’il va y avoir un drame avant la fin de mon mandat! ». Classée pour la présence 73e sur les 74 députés français et  727 e sur 736 député européen, Dati n’apparait que lorsque les caméras sont présentes et fuit comme la peste tout travail de fond… Ce qui  ne l’empêche pas de gagner au Parlement européen 3209 euros par journée de travail, de cumuler son mandat avec une lucrative activité d’avocate d’affaires et de chercher à obtenir du père putatif de sa fille une plus que conséquente pension alimentaire.

Rachida sera toujours Rachida. Et si, par malheur, Nicolas Sarkozy devait revenir dans le jeu en 2017, la petite beurette revisitée par Dior sera sur le porte-bagages de la mobylette présidentielle. Car ces deux-là en savent visiblement beaucoup trop l’un sur l’autre pour pouvoir se lâcher.

 « Rachida ne meurt jamais », Élisabeth Chavelet, éditions du Moment, – 190 pages, 16,5 euros.