Le rugbycon est franchi

Toulon Orangina

Wilkinson, marque Orangina sur les fesses,
joue à « Secouez-moi, secouez-moi » face à Urdapiletta.

Les joueurs de rugby ont toujours eu de gros culs, mais faut-il le souligner ? Après le Racing-Métro où le maillot est tellement encombré par les sponsors que Jacky Lorenzetti n’a rien trouvé de mieux que de coller le nom des joueurs à l’arrière de leurs shorts, on attend avec impatience le jour où les deux entraîneurs parisiens franchiront le pas et se retrouveront avec un  » Labit   » de  »  Travers  » apposé sur leurs fesses…

On a souffert à l’époque pour les Gimbert, Moscato, Simon, obligés d’endurer au Stade français, pour cause de fantaisies présidentielles, du Dalida dans les vestiaires, et, de la même façon, on a eu de la peine samedi pour ces immenses joueurs toulonnais que sont Wilkinson, Botha ou les frères Armitage en les voyant entrer avec les fesses tatouées d’un disgracieux Orangina. Et, comme le rugby peut être un sport moral, on s’est réjoui de voir cette équipe d’Oyonnax, âpre, vaillante, solidaire, jouer à  » Secouez-moi, secouez-moi !   » avec les Toulonnais et triompher 25-22.

L’argent, même s’il est nécessaire, ne doit pas avoir tous les droits et le public doit être respecté, ce qui est loin d’être le cas. Pour le derby Bayonne-Biarritz, où Blanco, défait, a joué le grand air du complot présidentiel pour tenter de réveiller son équipe au fond du seau, les tribunes étaient pleines et les budgets modestes ont pu accéder sans difficulté aux « places de pesage », debout devant la tribune centrale, mais ça n’a pas été le cas, il y a quinze jours, lors de la venue du Racing. L’oeil bleu, un inconditionnel de l’Aviron bayonnais raconte : « Nous sommes venus comme d’habitude chercher nos billets pour la venue du Racing, mais visiblement, sans que personne ne daigne prévenir les supporters, les règles avaient changé : on nous a annoncé que les billets de pesage de la tribune d’honneur ne seraient mis en vente que si toutes les places de tribunes étaient vendues: sinon obligation de prendre une place en tribune… » Alain Afflelou, que l’on a connu moins mesquin, devrait chausser ses lunettes à double foyer pour se rendre compte qu’il a sous la main le meilleur public de France et comprendre, même si sa fortune personnelle lui ôte tout sens des réalités, qu’un billet d’entrée à 10 euros et un billet à 30 euros font une sacrée différence pour un budget familial serré.

Même mépris du public de la part du diffuseur Canal +, qui s’est essayé ce week-end à un  » horaire expérimental « , selon les termes d’Éric Bayle, en imposant le match Clermont-Bègles à 12h30 le dimanche. Où est le respect des spectateurs et des joueurs chez cette chaîne qui prétend aimer le rugby? Des déjeuners à 9 heures du matin pour les joueurs et l’impossibilité pour les cochons de payant de vivre la venue au stade comme une fête ou d’aller voir un simple match de fédérale. Souhaitons que cette imbécile nouveauté soit boycottée !

La chaîne cryptée fait décidément la pluie et le beau temps sur le rugby français! Puisque Canal+, tuant la poule aux œufs d’or ovale, initialement appâtée avec un peu de blé, veut à tout prix se livrer à des expériences, histoire de damner le pion à ses concurrents, on ne saurait trop lui conseiller des matches à deux heures du matin, après le film porno du samedi soir, ou d’autres à 6 heures du matin, ce qui laisserait le temps aux spectateurs de faire un footing en sortant, avant d’aller à la messe.

Paul Goze, lorsqu’il jouait deuxième ligne pour l’USAP, n’était pas franchement un tendre. On se demande ce qu’attend l’actuel président de la Ligue pour apprendre à pousser droit à Canal+ et lui inculquer, par quelques marrons bien sentis, le respect du public qui n’en peut plus de voir son sport favori massacré et accommodé à toutes les sauces par les marchands de temps de cerveau disponibles.

Kockott n’a pas eu la tremblote

rory-kockott

Malgré tous les câlins du deuxième ligne toulonnais Botha, Rory Kockott, petit Poucet pas intimidé par l’ogre, a démontré un caractère de leader de jeu exceptionnel.

Alors que les caméras indiscrètes assurent aux joueurs du Top 14 à peu-près autant d’intimité qu’un candidat de la téléréalité enfermé dans un loft, le téléspectateur du match Castres-Toulon, samedi sur Canal +, a pu, grâce à la qualité des gros plans du réalisateur de service, vivre une scène de rugby tout à fait extraordinaire.

Premier ruck en faveur des Castrais : Rory Kockott s’apprête à transmettre à Rémi Talès, quand « Bakkies » Botha, le monstre des abîmes revêtu d’un maillot toulonnais, traverse la défense castraise et plaque méchamment, juste en dessous de la rotule le maître à jouer castrais. Le jeu imposait de plaquer le numéro neuf à hauteur de poitrine pour empêcher la libération du ballon et l’on ne fera pas insulte à ce seigneur du jeu qu’est Botha, aussi capable de réussir une passe sautée qu’un cadrage débordement, de croire une seconde qu’il a raté son geste défensif sur Kockott. La volonté était d’éliminer.

Sous le choc, la jambe du 9 castrais, qui hurle de douleur, se tord méchamment. Mais le sud-africain au physique de garçon de ferme est gaillard et sans une plainte, sans un regard pour son tortionnaire, il reprend le jeu. Deux fois encore, dans les minutes qui suivent, Kockott aura droit à un plaquage particulièrement appuyé de Botha. Quelques frissons agiteront le stade, quelques plumes volèteront dans l’air mais à chaque fois Lazare-Kockott reviendra aux commandes. Avant de profiter d’un arrêt de jeu pour ôter son protège-dents blanc et bleu et chambrer le deuxième ligne toulonnais dans le genre « Tu me gâtes aujourd’hui! » . Et la terreur du Top 14, l’homme qui, d’un seul regard, fait transpirer des oreilles et des genoux la plupart des joueurs, d’esquisser une petite moue d’excuse, l’air de dire « Ce n’est pas personnel! j’applique juste les consignes!« 

À ce moment-là, le match est gagné pour le Castres Olympique et je retrouve ce délicieux souvenir de matches de championnats régionaux quand notre entraîneur, cessant soudain de hurler, prenait le ton murmurant d’une vierge se décidant à avouer ses sentiments à son prétendant pour nous glisser : « Il joue bien, le 9« . Et miracle des basses œuvres inhérentes au ballon ovale, le numéro 9 adverse goûtait peu après aux joies de la civière à une époque où l’on n’avait pas le mauvais goût de sortir du banc de touche un joueur tout neuf pour le remplacer et le match basculait à notre avantage.

Pour avoir parié sur l’élimination du stratège de Castres, Toulon a perdu 22-15 et Rory Kockott, 17 points à son actif, a démontré une fois de plus quel joueur d’exception il est. Car il faut sacrément en avoir dans le pantalon pour toucher du bois lors d’une pénalité de plus de cinquante mètres, se retrouver avec le ballon dans les bras suite au dégagement adverse et, sans avoir le pied qui tremble, réussir un drop du milieu du terrain. Jacques Delmas, l’entraîneur des avants toulonnais, qui n’était sans doute pas tout à fait étranger à ce plan prévoyant des frappes chirurgicales sur le demi de mêlée castrais, a d’ailleurs tenu à lui rendre hommage : « Rory Kockott, encore une fois a fait un très grand match. C’est un match-winner« .

Jusqu’à la saison passée, Castres était l’équipe qui m’endormait devant la télévision aussi sûrement qu’un cachet de somnifères des laboratoires Fabre. Mais avec Kockott, déjà cité, Talès qui s’impose à l’évidence comme le 10 dont les Bleus ont besoin et Dulin, attaquant-né aux allures de lutin face au camionneur Bastareaud, c’est une bien séduisante équipe qui s’est montrée samedi, justifiant totalement son titre de champion de France.

Panne d’or noir pour le BO

Géronimo aux halles

Fin connaisseur de sa ville, Géronimo a compris que le club de son cœur avait besoin de soutien populaire et a organisé avec quelques joueurs une séance de dédicaces samedi devant les halles…

Dans ce rugby français où les intérêts financiers occultent bien souvent le bon sens, la franchise du joueur du Stade Français, Pascal Papé, reste une salutaire bouffée d’oxygène :  » Ceux qui ont fait le calendrier n’ont jamais dû jouer au rugby « . Imposer à des athlètes de haut niveau trois matches en neuf jours, relève en effet de la pure folie.

Hypocritement la commission médicale de la Ligue avait « préconisé » que les joueurs ne dépassent pas les 160 minutes de temps de jeu en trois matches. Une préconisation à peu près aussi efficace que les radars pédagogiques pour les fous de l’accélérateur. Comme il n’y avait pas la moindre sanction à la clé, les clubs aux effectifs les plus pauvres se sont allégrement assis sur la consigne. 12 joueurs du Biarritz Olympique se sont ainsi retrouvés hors des clous, au risque de connaître la panne d’essence : Pietersen, Ngwenya, Baby, Traille, Waenga, Yachvilli, Guyot, Fono, Taele, Erik Lund, Broster et Genevois. On achève bien les Rouge et Blancs !

Le Biarritz Olympique a livré un magnifique match contre Toulon, offrant même aux spectateurs ravis le spectacle d’une mêlée toulonnaise mise sur le reculoir, mais comment lutter quand vous avez sur votre banc quelques remplaçants novices tandis que Toulon envoie sur le terrain, à l’heure de jeu, Palisson, Giteau, Rossouw, Castrogiovanni ou Noirot?

Si le défaitisme et la morosité sont de mise actuellement aux halles de la ville, là où les anciens refont le match inlassablement, personne n’a le moindre reproche à formuler aux joueurs sur le terrain même s’ils ont été lourdement étrillés (13-24) et se retrouvent derniers du Top 14.

Jacques Delmas, entraîneur adjoint du RC Toulon, après être passé par la Côte basque, a parfaitement saisi le problème :  » À Biarritz, il n’y a plus de pétrole « , allusion aux difficultés financières du club depuis le retrait de Serge Kampf. Même si, pendant ce temps, quelques marchands du temple s’efforcent de siphonner les dernières gouttes d’or noir au fonds du puits ( voir document ).

Avec Bayonne douzième et Biarritz quatorzième, sans grandes perspectives d’embellie notable, plus que jamais, au risque de faire hurler les intégristes des deux camps, se pose la question d’une entité basque adaptée aux exigences économiques du Top 14. Un rapprochement entre les deux clubs rivaux qui ferait presque autant jaser que la découverte de champs de pétrole inexploités sous les stades Aguilera ou Jean-Dauger!

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289 euros pour un match et un dîner avec les joueurs, c’est donné, non?