Cité de l’Océan : un référendum s’impose

Nicolas Sarkozy ressuscite l'outil gaullien du référendum, un instrument qu'il réprouvait encore dans un passé récent, et avec lui les risques d'instabilité dans une France prompte à détourner ce type de consultation. Le juriste Guy Carcassonne, spécialiste du droit constitutionnel, estime que le référendum ne saurait en aucun cas être un mode de gouvernement./Photo d'archives/REUTERS/Jean-Paul Pélissier

Et si les contribuables biarrots donnaient leur avis sur la Cité de l’Océan, au lieu de laisser le maire et son équipe n’en faire qu’à leur tête?

Blanco-Veunac même combat! Chacun de leur côté, le président du Biarritz olympique et le maire de la Ville s’efforcent actuellement d’amadouer les gros portefeuilles hexagonaux pour tenter de renflouer leur danseuse favorite. Si tout le monde espère que le Biarritz olympique ne subira pas une relégation financière, les contribuables biarrots s’inquiètent légitimement depuis qu’ils ont appris, dimanche soir dans l’émission « Capital« , que la Cité de l’Océan est « l’avenir de Biarritz » et que leur maire s’emploie à « réparer » les dégâts provoqués par son prédécesseur. Disons-le tout net, le mécano élu en 2014 s’est montré jusqu’à maintenant tellement peu inspiré et maladroit, se contentant de répéter comme un mantra « Je vous ferai aimer la Cité de l’Océan« , que l’on peut craindre après son intervention en compagnie du Mozart de la Finance Guy Lafite, l’échouage définitif de la Cité naufragée.

Ce que mijote Veunac

Michel Veunac l’a annoncé à plusieurs reprises : il dévoilera, lors du conseil municipal de juin prochain son plan de redressement pour la Cité de l’Océan. Plusieurs fuites opportunes permettent de savoir ce qu’il envisage. Dans un premier temps, notre bon Michel qui ne doute de rien, s’est persuadé qu’un sponsor allait se précipiter pour renflouer la Cité de l’Océan et il a vaguement agité le chiffon bleu de « l’économie de la mer » pour attirer du monde dans ce jeu de dupes. Peine perdue. Comme dirait Chirac, l’affaire a très vite fait « Pschiiit« !

Notre leader à écharpe tricolore s’est alors souvenu que la République pouvait se montrer bonne fille. Il s’est donc tourné vers la communauté d’agglomération et la Région pour tenter de soutirer des subventions (Demande respective de 600 000 et 300 000 euros). Bien essayé, mais la requête a soulevé un tollé, en particulier au niveau de l’Agglo, Didier Borotra n’ayant consulté aucun des maires voisins pour lancer sa pharaonique et désertique Cité. Dans le meilleur des cas, Veunac devra donc se contenter d’une aumône symbolique des collectivités locales.

Mais notre maire est un persévérant. Avec Guy Lafite, le duo se déclare persuadé que le concept de la Cité de l’Océan est excellent, que les attractions ludo-scientifiques vont drainer les foules sous peu, et qu’il suffit d’un peu plus de communication, d’un peu plus d’attractions modernisées, d’un peu plus d’argent au pot, pour que tout démarre enfin.

Et pas avare pour deux sous avec notre argent, Michel Veunac et son complice ont décidé de réinjecter 1 million d’euros chaque année jusqu’en 2020 pour permettre à la Cité naufragée de se renflouer. Sans changer quoique ce soit au concept d’origine! De quoi laisser rêveur… ou en colère!

Des décideurs pas très légitimes

Si la mission que votre patron vous a confiée s’avère un fiasco, le salarié que vous êtes est viré et personne n’y trouvera grand chose à redire. En politique, en revanche, vous pouvez manifester une cécité et une incompétence totales et continuer à traiter les dossiers où vous avez démontré votre nullité sans risquer la moindre sanction. Amusez-vous, relisez dans Sud Ouest les déclarations en 2008, des Veunac, Lafite, Brisson sur la Cité de l’Océan. Délectez-vous de leurs éloges sur Borotra-le-visionnaire. Redécouvrez avec quel mépris ils ont traité l’opposition « ringarde et conservatrice », parce qu’elle osait inciter à la prudence et déplorer l’utilisation d’un partenariat public-privé (PPP) avec Vinci. À les entendre, avec ce projet, Biarritz allait gagner beaucoup d’argent… On connait la suite.

Et ce sont les mêmes qui, soudainement, seraient devenus lucides, imaginatifs et capables de nous sortir de l’ornière, par on ne sait quel miracle?

Michel Veunac, pour une fois, a raison quand il affirme que c’est son devoir de maire de concevoir un plan de redressement pour ce désastre municipal qui n’a pas fini de nous ruiner. En revanche, il est à la limite de la malhonnêteté intellectuelle quand il rétorque que son plan de relance de la Cité de l’Océan est inscrit noir sur blanc dans son programme électoral de 2014. Il n’a jamais parlé de dépenser un million d’euros par an pour la nef désertée et ne s’est jamais montré catégorique sur la poursuite des attractions ludo-scientifiques.

D’autres, après un tel échec, se montreraient un peu modestes ou tendraient la main à leur opposition pour demander de l’aide, Jean-Benoît Saint Cricq étant le seul dans l’actuel conseil municipal à avoir vu juste sur ce dossier, mais ce n’est visiblement pas le style de Michel Veunac et Guy Lafite, bien décidés à tenter de battre le record du monde de la gabegie municipale initié par Didier Borotra. Sans demander l’avis aux Biarrots, comme d’habitude.

Le ludo-scientifique n’a aucun avenir

Écoutons encore une fois Jean-Benoît Saint-Cricq, lors de l’émission « Capital » : « C’est le concept même qui est dépassé (…) Un bâtiment fondé sur la vidéo, ça ne peut pas marcher« . Pendant ce temps, en plein conseil municipal, le grand argentier Guy Lafite, qui ignorait les problèmes posés par le PPP et ne savait pas que Sophie Borotra contribuait aux économies de la Cité de l’Océan, explique pourquoi la poursuite des attractions ludo-scientifiques est la seule solution : « l’ensemble des investissements représente 4 millions d’euros. On ne peut pas les rayer comme cela d’un trait de plume« .

Voilà un raisonnement admirable! Vous êtes en train de bâtir la maison familiale, et vous l’avez à demi réalisée lorsque vous apprenez que la falaise sur laquelle vous construisez va s’écrouler. Est-ce que vous allez finir la maison, sous prétexte que vous avez déjà beaucoup dépensé? L’océan, ce n’est pas de l’informatique, de la vidéo, des bornes interactives. La Ville peut mettre autant d’argent qu’elle veut, le ludo-scientifique n’intéressera jamais personne. Et à la vitesse à laquelle évolue l’informatique, tout investissement est voué à devenir ringard immédiatement. Alors, oui, c’est clair, il faut mettre au rebut toute cette quincaillerie informatique que Didier Borotra s’est faite refiler et repenser complètement l’usage de ce bâtiment. Une simple collection pérenne qui ne nécessiterait pas une réactualisation constante diminuerait déjà nettement les coûts. Pourquoi, en attendant l’idée lumineuse, ne pas redonner une chance à un musée du surf qui ne serait pas très difficile à constituer et qui attirerait sans doute plus de touristes amoureux du Pays basque que les actuelles expositions chinoises et autres vidéos périmées que même Arte n’ose plus diffuser à deux heures du matin?

Consulter enfin les Biarrots

À l’évidence, compte tenu des enjeux financiers énormes, et de ce que l’équipe municipale a démontré par le passé, la décision sur l’avenir de la Cité de l’Océan ne peut simplement relever du maire, de son adjoint aux Finances et d’une majorité qui marche au pas. Au lieu de jouer les autocrates, à l’image de son maître à penser Didier Borotra, le grand communicant Veunac, pour une fois, ne se déshonorerait pas en respectant ses électeurs et en organisant un référendum demandant aux Biarrots s’ils sont pour que l’on poursuive l’effort d’investissement dans le ludo-scientifique ou s’ils estiment qu’il vaut mieux reconvertir immédiatement le musée.

Chiche?

Soyez citoyens, prenez vos responsabilités!

Ronchonner avec les copains sur le parvis des halles est une chose, exprimer clairement son point de vue une autre, alors que le dossier « Cité de l’Océan » risque d’obérer pour longtemps les finances municipales. Si vous réagissez en nombre, Bisque, bisque, Basque! se fera un plaisir d’adresser à la mairie vos remarques.

Si vous pensez que la Cité de l’Océan vous concerne de près, n’hésitez pas à recopier cette phrase (ou à en inventer une autre de votre cru) :

 « Monsieur le maire, nous vous demandons d’organiser un référendum sur le devenir de la Cité de l’Océan« 

dans la rubrique « laisser un commentaire », à la fin de cet article.

 Bisque, bisque, basque!  vous tiendra informé du résultat de cet appel.