Éloïse se déboutonne

confession-d-une-ex-femenParfois, c’est une question toute simple qui va décider de votre trajectoire personnelle. Pourquoi, dans notre société, le torse nu d’un homme ne pose aucun problème, tandis que celui d’une femme va susciter la réprobation? Journaliste de formation et féministe, passée par Osez le féminisme! et La Barbe, Éloïse Bouton va franchir le pas et rejoindre les Femen en 2012.  Comme l’écrit l’activiste américaine Sherry Glaser, « Les hommes acceptent de nous déshabiller, mais ne supportent pas que nous nous déshabillions nous-mêmes, où et quand nous voulons, pour des raisons de notre choix ».

Parlant couramment l’anglais, Éloïse Bouton va très vite se rapprocher de l’Ukrainienne Inna Shevchenko, tête de file du mouvement en France et se lancer pour la première fois, torse nu, dans la rue à l’occasion des jeux olympiques de Londres en 2012, avant de multiplier les actions en France pendant dix-huit mois, que ce soit à l’occasion des manifestations contre le mariage pour tous, au sein de Notre-Dame ou à La Madeleine.

Mais plus qu’un reportage sur dix-huit mois d’activisme, « Confession d’une ex-Femen » vaut surtout pour l’honnêteté intellectuelle présente à toutes les pages. Éloïse ne cache rien de sa peur avant chaque action, alors qu’elle sait qu’à chaque fois elle va être sérieusement molestée et finir en garde à vue. La journaliste de tempérament n’esquive pas non plus les affrontements qui ont pu avoir lieu au sein du groupe et les tentatives de récupération politique ou médiatique de Safia Lebdi et de Caroline Fourest.  Elle ne tait pas non plus les ambivalences de son copain, commentateur sportif, à la fois fier de son courage et gêné que tout son entourage ait pu la voir à moitié à poil. Pas plus qu’elle n’élude cette vilaine cabale montée par l’extrême-droite pour tenter de la faire passer pour une  escort-girl. Avant de détailler sa prise de distance avec le mouvement à partir de 2014 et son désir de suivre un chemin plus personnel.

Membre de la grande cohorte des journalistes précaires qui survivent à coups de piges occasionnelles, son engagement au sein des Femen l’a plutôt desservie, un rédacteur en chef la cataloguant même comme « casse-couille de service », alors que son livre démontre qu’elle est juste une excellente journaliste, courageuse, convaincue et capable d’autocritique. A-t-il seulement conscience, ce rédacteur en chef qui préfèrera engager quelque jeune homme bien lisse et frais émoulu de Sciences-Po, qu’être un casse-couille est le plus beau compliment qu’on peut faire à un journaliste?

Éloïse, RESPECT, RESPECT, RESPECT, pour votre parcours et votre livre tout à fait remarquables! Ce n’est pas tous les jours qu’un homme a l’occasion de devenir un peu moins bête en moins de trois cents pages.

  « Confession d’une ex-Femen», Éloïse Bouton, éditions du moment – 216 pages, 16,95 €.