Les reines de la valise en béton

Reines de la valise en bétonSi, tout comme moi, vous êtes vieux, moche, chauve, avec, de profil, une silhouette de bouteille de Perrier, mais que vous gardez toujours l’espoir, même fugitivement,  d’intéresser les femmes, alors j’ai un truc imparable pour vous : prenez le train!

Dès le quai de la gare, vous allez les repérer, sans peine. Il y a les anti-Vénus de Milo, qui semblent estimer que quatre bagages pour deux bras, représentent une norme acceptable, et tant pis pour les enfants ou les vieillards moissonnés comme des blés mûrs à leur passage. Les passeuses, échevelées et transpirantes, qui semblent traîner dans leurs valises les lingots d’or de Jérôme Cahuzac, et qui menacent à tout instant de succomber sous le poids. Et puis les psychopathes en puissance, qui ont enfourné à la hâte dans leurs sacs rebondis les morceaux de leur amant ou de leur mari, récemment assassiné, et qui ne vont pas quitter des yeux de tout le voyage leur précieux et encombrant chargement.

Car, depuis quinze ans que je fréquente assidûment les trains, la règle est immuable : de nombreuses femmes, les mêmes qui militent à juste titre pour l’égalité des salaires entre hommes et femmes ou pour la parité en politique, voyagent avec des bagages qui leur interdisent toute autonomie et les rendent dépendantes du bon vouloir des hommes…

Dès l’arrivée dans le wagon, les grandes manœuvres commencent. Dame SNCF, fort sagement a prévu des rangements au sol pour les bagages lourds, mais, bien évidemment, aucune des femmes décrites précédemment n’en veut. Comme vous avez été très bien éduqué dans votre enfance et que vous adorez vous montrer galant, vous vous empressez de voler au secours d’une de ces dames, qui ne saurait imaginer son bagage ailleurs qu’au-dessus de sa tête. La valise semble assez anodine et vous l’empoignez avec ardeur, avant, haltérophile mal entraîné, de vaciller et de manquer fracasser la tête de la personne en dessous de vous.

Soulagé de vous être montré à la hauteur, malgré un petit moment de faiblesse, vous vous apprêtez à retrouver votre livre favori et votre place, quand vous remarquez trois autres femmes, plantées comme des statues dans la travée centrale avec leurs bagages à leurs pieds. Malgré le claquage musculaire que vous venez de vous faire et le tour de reins qui vous guette, vous ne voulez pas manifester le moindre favoritisme entre les passagères et vous reprenez donc vos travaux d’haltérophilie.

Vous soupirez d’aise, en vous posant enfin dans votre fauteuil, quand votre voisine, une grande bourgeoise pincée qui, dans tout autre lieu public ne vous aurait même pas gratifié d’un regard, se croit obligé d’engager la conversation avec vous. Alors que vous ne pouvez même pas articuler une phrase, tellement vous avez mal au dos, vous voilà devenu otage verbal d’une précautionneuse, du genre à réserver son billet trois mois à l’avance, qui, derrière les politesses d’usage, ne cherche à savoir qu’une chose : la gare où vous descendez. « Vous allez à Biarritz? J’espère que vous pourrez m’aider à Bordeaux ». Soyez tranquille, si vous aimez lire, maintenant qu’elle est rassurée, votre voisine ne se manifestera plus avant d’apercevoir par sa fenêtre la Garonne.

Pendant ce temps, vous percevez, du côté des autres passagères, les regards des réfléchies, qui vous jaugent pour mesurer votre temps de biceps disponible et les minaudières qui vous coulent des regards enamourés,  du genre « Mais qu’il est beau, mon costaud!« . Aucune, visiblement, n’a en mémoire le vieil adage français : « Qui veut voyager loin, soupèse avant ses bagages ».

Anecdote garantie authentique, mercredi 9 juillet dans le TGV qui arrivait vers 15 heures à Dax, nous nous sommes retrouvés dans le compartiment deux hommes pour une quinzaine de femmes, qui toutes visiblement partaient pour une cure de trois semaines. Il faut croire qu’il y a de folles soirées à Dax, au vu du nombre de vêtements, lingots d’or et maris démembrés que chacune avait emportés.

Ensuite, nostalgiques et perclus de douleurs, vous repensez aux années soixante-dix, heureuse époque où la chanteuse Linda de Suza vantait les mérites de « La valise en carton« . C’était le bon temps où un wagon de la SNCF ne ressemblait en rien à une salle de musculation!

La petite boutique qui ignore le train-train

Boutique SNCF 01Allez expliquer à quelqu’un qui ne maîtrise pas toutes les subtilités de la SNCF, qu’un billet ordinaire, acheté au dernier moment, peut s’avérer moins cher qu’un billet pris dans les temps… avec une carte de réduction!

Au royaume d’Ubu-roi (pas un voyageur ne paie désormais le même prix que l’autre sur le même trajet!), l’habitué de la boutique SNCF de l’avenue Foch à Biarritz, se dit que le grand Manitou du rail Guillaume Pepy devrait s’offrir une escapade sur la côte basque pour constater de visu qu’il a là ce qui se fait de mieux en matière de gentillesse, de service public et de personnel compétent.

Tout est donc pour le mieux dans le meilleur des mondes ferroviaires? Et bien non! Car figurez-vous que cette boutique conviviale et archi-rentable est dans le viseur des réducteurs de têtes de la SNCF qui souhaitent la voir disparaître. Un peu gênée aux entournures, la direction régionale d’Aquitaine refuse de communiquer le chiffre d’affaires «  pour des raisons concurrentielles »… Avec les marchands de vélos?

« À part une volonté affirmée de réduire la voilure, il n’y a aucune explication logique au fait de vouloir fermer ce point de vente », affirme Dominique Dabadie, délégué du personnel CGT, représentant les maîtrises et cadres. Cette boutique a montré son utilité et les agents prennent un réel plaisir à travailler ici, même si ce n’est pas simple l’été ».

La SNCF a décidé qu’à l’horizon 2017, la part du chiffre d’affaires réalisé par l’humain devait passer de 36 à 15%, ce que les syndicats, moqueurs, qualifient de « plan 36-15″. Une idée ringarde comme le minitel!

 Depuis, face à la levée de boucliers des syndicalistes, la direction affirme avoir fait marche arrière, mais la volonté d’inciter les voyageurs à prendre leurs billets tous seuls sur Internet, est là. Et tant pis pour la petite mamie impécunieuse qui doit monter à Paris garder ses petits-enfants, et qui va probablement passer à côté de réductions avantageuses qu’un employé consciencieux lui aurait signalé!

« Les cheminots ne s’opposent pas aux nouvelles technologies, mais protestent contre le fait que l’on enlève des agents derrière les guichets » précise Dominique Dabadie. Nul doute que pour l’usager, mieux vaut avoir affaire à des salariés TGV (de… Très Grande Valeur) plutôt qu’à un automate TGV (Très Gros Voleur!)

Prévue pour juin 2014, la fermeture de la boutique a été repoussée à octobre 2014, après une manifestation des salariés à Bordeaux le 25 mars.

Alors, si vous pensez que la SNCF ferait mieux de s’intéresser à tout ce qui ne fonctionne pas dans son entreprise, si vous êtes convaincus que les robots ne sont pas l’avenir de l’homme, n’hésitez pas à signer la pétition en ligne pour défendre ce point de vente, ou, mieux encore, si vous voyez qu’il n’y a pas grand monde, passez une tête au 13 de l’avenue du maréchal Foch pour dire au personnel à quel point vous appréciez la qualité de leur travail. Car c’est bien leur tour qu’on s’intéresse à eux!

 http://www.petitionpublique.fr/PeticaoVer.aspx?pi=P2014N46081

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