Et la fin de l’histoire ?

Face à un journalisme de plus en plus désinvolte, le lecteur doit pousser un coup de gueule. (Chronique publiée dans Mediabask, le 27 juin)

Il faut croire que désormais les écoles de journalistes n’envoient plus leurs étudiants en stages d’été dans des quotidiens régionaux mais en estive auprès de bergers pyrénéens qui leur inculquent le comportement moutonnier.

Nous avons tous été émus par la noyade aux Sables-d’Olonne de trois sauveteurs en mer partis en pleine tempête à la recherche d’un marin pêcheur, Tony Guilbert, et de son chalutier « Le Carrera ». La coque retournée du « Jack Morisseau », le bateau des sauveteurs, la détresse des quatre rescapés, le numéro compassionnel de Macron, nous avons l’impression de n’avoir rien raté.

Les plus audacieux comme BFM ou France Info se sont même aventurés à interviewer la femme du disparu qui a estimé que son mari était toujours « très prudent en mer » ou deux apprentis formés par le marin-pêcheur qui gardaient un « très bon souvenir » de leur ancien patron.

Et tous les moutons-journalistes de rentrer dans leur bergerie-rédaction avec le sentiment du devoir accompli. Mais qui va leur expliquer qu’une histoire, ça a une fin ?

Autant le financement libyen de la campagne électorale de Sarkozy en 2007 n’est pas à la portée du premier journaliste-stagiaire venu, autant il n’était pas très compliqué de poser quelques questions à Saint-Georges d’Oléron où vivait le marin présumé imprudent.

Trois lectures de la même histoire sont en effet possibles. Soit, nous avons affaire à un drame de la misère, l’homme n’arrivant pas à joindre les deux bouts avec sa pension de retraite famélique et se retrouvant obligé de prendre tous les risques pour survivre. Soit, le responsable de cette catastrophe est un mordu de pêche qui ne peut se passer de sa dose d’adrénaline et qui ne rêve de crevettes que les jours de tempête. Soit, nous sommes en présence d’un Harpagon du chalut qui thésaurise son argent, malgré son âge avancé, en se moquant des risques qu’il fait courir aux autres. Vous pouvez chercher, vous ne trouverez nulle part les réponses à ces interrogations simples, que ce soit sur Internet ou dans la presse locale. Mes aimables confrères ont plié les gaules, si l’on peut dire, sans démêler les filets autour de ce drame et sans chercher à appâter quelques voisins avides de se confier.

Même désinvolture avec la légion d’honneur initialement décernée aux trois sauveteurs noyés, avant que l’Élysée ne se ravise et ne pousse la générosité jusqu’à médailler aussi les quatre survivants. Qui a eu l’intelligence de souffler à l’oreille d’Emmanuel Macron qu’il était le président des vivants tout autant que des morts ? Nous n’en saurons rien non plus dans ce qui devient un exercice de désinformation chronique.

Et c’est là qu’on constate qu’on perd décidément beaucoup d’esprit critique avec l’âge. Amusez-vous à lire le début de Cendrillon à vos enfants sans leur raconter si à la fin le carrosse va redevenir citrouille à minuit et vous m’en direz des nouvelles !

Pas comme ces journalistes qui nous prennent de plus en plus pour des courges…