La police municipale en pétard

feu d'artifice 02

Il est vraiment fort celui qui affirme pouvoir sécuriser Biarritz, le 15 août au soir ! (Photo cagouille64)

L’arsenal est véritablement impressionnant : trois bâtons télescopiques pour vingt-quatre policiers municipaux, et bien évidemment ni armes à feu ni radios ! Voilà de quoi faire trembler un illuminé qui fomenterait le dessein de faire un carton dans la population à l’occasion du feu d’artifice du 15 août à Biarritz. Depuis Didier Borotra et l’affaire des procès-verbaux volatilisés, les rapports entre la police municipale et le maire n’ont jamais été simples. Mais cette fois, l’inconscience de Michel Veunac, qui se croit plus malin que Martine Aubry et tous les maires qui ont décidé d’annuler les festivités prévues faute de pouvoir les sécuriser convenablement, a fait sortir de sa réserve la police municipale. Par l’intermédiaire de son syndicat, elle menace d’exercer son droit de retrait si des mesures sérieuses de protection des policiers, et par là même des citoyens ne sont pas prises.

(http://www.sdpm.net/2016/08/biarritz-64-les-policiers-municipaux-denoncent-un-dispositif-de-securite-insuffisant-et-deposent-un-droit-de-retrait.html)

Lundi dernier, sur France Info, un responsable syndical de la police, expliquait avec beaucoup de professionnalisme et de lucidité que « résister, c’est s’adapter » et non jouer les matamores, faire courir des risques à des touristes mal informés sous prétexte de sauver des intérêts mercantiles et plastronner en disant que la vie continue comme avant, malgré les attentats. Un point de vue qu’il est difficile de ne pas ratifier.

Après Frédéric Domège, qui a eu le courage de demander un conseil municipal à huis clos pour décider du maintien ou de la suppression du feu d’artifice, nous devons être reconnaissants à la police municipale de prendre ses responsabilités et de tirer publiquement la sonnette d’alarme. Mais malheureusement, le sous-doué que nous avons élu à la tête de la Ville ne fait pas la différence entre le vrai courage qui implique de s’adapter aux circonstances, et l’obstination qui nécessite de camper sur des positions préétablies.

Le courage n’est pas l’obstination

N’importe quel gestionnaire avisé aurait plié les voiles depuis longtemps au vu des piteux résultats de la Cité de l’océan. Mais Veunac, seul contre tous, persiste et signe et continue à mettre de l’argent dans la machine à sous, alors que tout le monde sait que la partie est définitivement perdue. De la même façon, comme Jean-René Etchegarray, malgré les pressions du préfet, a maintenu les fêtes de Bayonne, qui se sont passées sans heurt, Michel Veunac, qui se croit encore dans une cour d’école où on joue à celui qui a la plus grosse, se sent obligé de s’obstiner dans sa volonté de faire tirer le feu d’artifice dans une ville impossible à sécuriser à cette époque. En oubliant juste un détail : pendant que les touristes de la Ville, en quête de la belle bleue, la belle rouge ou du bouquet final, se demanderont à quels artificiers ils risquent d’avoir affaire, les élites se prélasseront à l’Hôtel du Palais pour assister au spectacle, avec comme seul risque de prendre dans la figure un bouchon de champagne trop violemment manipulé.

Mais c’est tellement facile d’être courageux avec la peau des autres !

Le communiqué du Syndicat de la Police municipale

Le 15 août prochain, aura lieu à Biarritz (64) et comme chaque année, un grand feu d’artifice rassemblant plusieurs milliers de spectateurs sur cette cité balnéaire du sud-ouest particulièrement fréquentée. Seulement, en raison du climat actuel, les Policiers Municipaux par la voix de leur syndicat dénoncent l’insuffisance du dispositif de sécurité ne garantissant pas la protection des agents. Ils estiment que l’évènement est de nature à mettre gravement en danger les agents, mais aussi la population.

En effet  : 

– Les voies d’accès à la manifestation ne seront bloquées que par de simples barrières métalliques, surveillées par 1 policier municipal et 1 agent de surveillance de la voie publique (agent de stationnement appelé ASVP) ;

Or, les policiers municipaux viennent ici dénoncer fermement leurs conditions de travail, mises en exergue lors de cet évènement particulier :

– les policiers municipaux de Biarritz ne sont pas équipés d’armes à feu ;

– les policiers municipaux de Biarritz ne sont pas équipés de radios ;

– les policiers municipaux ne disposent que de 3 bâtons télescopiques pour 24 agents ;

-il n’est pas prévu que les policiers municipaux qui gardent les voies d’accès soient renforcés par des policiers nationaux dûment armés ou des militaires ;

-enfin, il est totalement prohibé et illégal que des agents de surveillance de la voie publique assurent des missions de sécurité et de surveillance générale ; leurs seules missions légales est le stationnement conformément à la Jurisprudence constante.

Les Policiers Municipaux demandent immédiatement :

– à être renforcés de manière conséquente, par des militaires en armes ou des policiers nationaux qui seront à même de neutraliser un individu le cas échéant, qui tenteraient de franchir par la force les barrières de sécurité, par exemple ;

– que les ASVP ne soient pas affectés à des missions dangereuses de sécurité, conformément à la réglementation, puisque ce sont des agents du stationnement ;

En cas de non réponse, ou de refus, les agents feront valoir le soir même, leur droit de retrait. Le syndicat rappelle que nombre de communes ont pris leurs responsabilités en annulant des manifestations dont elles n’étaient pas en mesure d’assurer convenablement la sécurité. Nous rajoutons, qu’à titre d’exemple, les fêtes se déroulant dans d’autres cités balnéaires du sud-ouest comme sur le Bassin d’Arcachon, ont déployé un dispositif exceptionnel de sécurité.

Les agents demandent qu’une réflexion sur les moyens de la Police Municipale soit très rapidement menée avec notre syndicat, sans quoi, notre démarche sera répétée autant de fois que nécessaire et la presse en sera à chaque fois alertée.

Notre délégation a alerté Mme la Directrice de la Police Municipale à ce sujet, sans succès à ce jour.

SDPM délégation Aquitaine

15 août : Max Brisson prend position

Brisson 22Peu après la publication de « La police municipale en pétard », nous avons reçu ce texte de Max Brisson :

« Je suis favorable au développement des effectifs, à une formation accrue et à l’armement de notre police municipale dans les conditions prévues par la Loi et bien entendu dans le cadre des autorisations données par le préfet. J’ai la même position pour le développement d’un système de vidéo-surveillance et je souhaite que celui-ci soit, au moins l’été, relié à un poste de commandement permanent, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Je me réjouis d’ailleurs qu’un ancien journaliste du Canard soit désormais sur cette position.

Pour la soirée du 15, comme d’ailleurs pour les marchés nocturnes, je dis fermement que dans notre pays, c’est à l’ÉTAT, et donc au gouvernement, à l’armée et aux forces de police et de gendarmerie, placées sous ses ordres, de protéger les citoyens face à toute menace terroriste. Celles-ci sont en effet la conséquence de la guerre, que j’approuve, et que nous menons face à l’islamisme radical et à son État autoproclamé. Ce qui signifie conséquemment que c’est à ce même État, et en particulier au représentant du gouvernement dans le département, à savoir Monsieur le Préfet, d’évaluer le risque. Lui seul peut le faire (et non le Maire) en fonction des renseignements qui lui sont donnés par les services compétents de contrespionnage (DGSRI). C’est aussi à lui d’évaluer, en fonction de la réalité du risque, les moyens de sécurité mis en œuvre par ses propres services et la Ville pour autoriser ou interdire une manifestation. Ainsi fonctionne l’État, ou du moins fonctionnait-il voilà peu encore, avant que son affaiblissement ne conduise à laisser aux pouvoirs locaux des responsabilités qu’ils n’ont pas les moyens d’exercer et dont on peut se demander s’il est d’ailleurs souhaitable qu’ils les exercent. Lorsqu’une organisation syndicale, censée défendre les intérêts catégoriels de ses mandants, s’estime en capacité de porter un jugement sur la sécurité publique face à la menace terroriste, c’est que plus rien ne tient dans notre République. Et s’il s’agit d’obtenir des moyens supplémentaires que je demande aussi, c’est que la conception du syndicalisme a aussi fichu le camp dans notre pays. »

Max BRISSON

La réponse de Bisque, bisque, Basque :

Merci à vous d’avoir réagi aussi vite sur un sujet où il est vital de débattre et de ne pas faire comme si la menace d’attentats terroristes n’était qu’une vue de l’esprit. Je ne suis que partiellement d’accord avec ce que vous écrivez. La hiérarchie que vous évoquez ne fait aucun doute, avec l’État comme premier responsable de la sécurité des citoyens, et le préfet pour prendre des décisions avant le maire. Mais il me semble que chacun a une vision liée à sa fonction et que la connaissance d’une ville par un maire est aussi irremplaçable que les décisions du ministre de l’Intérieur. Michel Veunac connait certainement mieux Biarritz que Bernard Cazeneuve. Vous avez eu la courtoisie de me préciser votre pensée par téléphone, en estimant que « le gouvernement ne prend pas ses responsabilités et que les décisions, comme celle d’interdire des rassemblements de plus de 10 000 personnes devraient être les mêmes de Dunkerque à Perpignan ». Je ne peux qu’être d’accord.

En revanche, je vous trouve bien sévère avec le syndicat des policiers municipaux. Qui en dehors d’une organisation syndicale peut porter à la connaissance du public de telles informations ? Pour ma part, sans doute parce que je suis un ancien syndicaliste, j’approuve complètement cette démarche.

Enfin, et je le conçois aisément, vous soulignez combien ma position peut être surprenante pour un ancien du Canard enchaîné, journal de tradition libertaire. L’hypothèse d’un ramollissement cérébral n’est pas tout à fait à exclure. Autre possibilité, face aux événements tragiques que nous vivons et qui m’ont beaucoup touché puisque j’ai perdu des amis, le sentiment que plus que jamais nous avons l’obligation d’aller vers l’autre, de nous comprendre, de nous montrer fermes et déterminés et ne pas faire preuve d’angélisme. Et dans cette situation, les politiques, comme les policiers ou les journalistes ont un rôle important à jouer.

Les suggestions de Colette Capdevielle

capdeviellePeu avant les fêtes de Bayonne, la députée socialiste Colette Capdevielle estimait que le conseil municipal aurait dû se réunir. Après un exposé des menaces connues et des mesures de protection prises, chaque conseiller municipal aurait voté à bulletin secret pour donner son avis sur l’annulation ou le maintien de ces fêtes. Avec le sens pratique qui la caractérise, la députée socialiste a adressé un SMS à Bisque, bisque, Basque !, après l’article sur la police municipale biarrote et les mesures de sécurité à prendre : « La ville de Bayonne a installé quatre-vingt-dix plots de béton à toutes les entrées de la ville, tous impossibles à franchir sauf à s’y écraser dessus (…) Bayonne et Biarritz étant dans la même agglomération , il me paraît assez logique de mutualiser ces plots entre communes voisines ».

Voilà déjà qui est autrement plus convaincant que les prières de Veunac en l’église Sainte-Eugénie, pour que tout se passe bien le 15 août.