Et si Saint-André se montrait lui aussi professionnel?

Saint-André 4Professionnel! Philippe Saint-André n’a que ce mot à la bouche pour les rugbymen du XV de France qu’il dirige. Avec lui, c’est clair, c’est rigueur, rigueur et rigueur à chaque minute de la journée. Une pinte de bière à se partager entre les vingt-trois joueurs les soirs de victoires, heureusement fort rares, interdiction de toucher aux consoles vidéos passé vingt heures et tonton Lagisquet et papy Bru qui bordent les gamins tricolores dans leurs petits lits blancs de Marcoussis dès vingt-deux heures.

Et quand ça tourne mal, c’est à dire à presque tous les matches, Philippe Ouin-Ouin, ainsi que se plaisent à le surnommer les réseaux sociaux, a toujours une bonne excuse à faire valoir. Le ballon était carré, l’arbitre autiste ou les joueurs des starlettes!

Poursuivi par une poisse tenace, ce grand malchanceux peut donc s’enorgueillir du pire bilan qu’ait jamais connu un sélectionneur français, depuis que le rugby est professionnel. Avec 44% de victoires, on est loin, très loin derrière les résultats obtenus par le très décrié Marc Lièvremont, 60% de victoires tout de même.

Saint-André  Calimero

Si vous passez par la SPA, n’hésitez pas à adopter le PSA. Il pleure beaucoup mais est attachant.

Et plus les spécialistes s’étonnent de ses choix hasardeux, de ses incessantes permutations de joueurs, alors que toutes les équipes devenues championnes du monde se sont appuyées sur un axe 2-8-9-10-15, quasi immuable, plus notre Calimero national semble faire sienne la devise de l’humoriste Rémi Gaillard, « C’est en faisant n’importe quoi, que l’on devient n’importe qui ».

Les explications concernant l’équipe qui va être alignée contre l’Italie dimanche, auraient enchanté les surréalistes. Ainsi la charnière Tillous-Borde-Lopez va être la seizième essayée en vingt-cinq matches. Brice Dullin, revenant en équipe de France après une grave blessure se retrouve sur le banc au profit de Spedding, tandis que Camille Lopez, magnifique demi de fermeture au coup de pied de rouge-gorge, auteur d’une seule passe à ses coéquipiers lors de la première mi-temps d’Irlande-France et tout aussi transparent contre Galles, est reconduit dans ses fonctions. Bonjour la cohérence! Comment s’étonner dès lors que des joueurs étincelants avec leurs clubs, se retrouvent totalement tétanisés sous le maillot tricolore, tellement ils n’ont plus confiance ni en eux, ni en leurs partenaires, ni en leur système de jeu?

L’incroyable blanc-seing de Camou

L’ancien talonneur anglais, Brian Moore, s’étonnait publiquement dans Midi Olympique de la perte d’identité du jeu français qui se fourvoie en voulant imiter les Sud Africains et percuter au lieu de chercher des intervalles. Et à propos de la ligne d’attaque tricolore, il avait ce mot cruel : « Mais que fait Mathieu Bastareaud au milieu des trois-quarts avec son physique de talonneur? » Bonne question. Mathieu, contre l’Italie, sera simple remplaçant, mais il est certain que Philippe Saint-André ne résistera guère à la tentation de l’envoyer « camionner » les adversaires si la partie tourne mal.

Et l’on en revient à cet espèce de blanc-seing un peu incroyable que le président de la fédération de rugby, Pierre Camou, accorde au plus mauvais sélectionneur français de tous les temps. Oui, quoiqu’il arrive et quels que soient les résultats, Philippe Saint-André sera à la tête de l’équipe de France pendant la Coupe du Monde et ira au bout de son contrat.  Curieuse affirmation pour un rugby qui se veut professionnel. Quelle est l’entreprise qui est prête à garder des mois et des mois un commercial catastrophique qui multiplie les boulettes ou un patron qui met les comptes de sa boîte dans le rouge?

En cas de rouste contre l’Italie, ce qui est loin  d’être impossible tellement nous sommes tombés bas, si Philippe Saint-André avait un tant soit peu de dignité, lui qui ne jure que par le professionnalisme, il démissionnerait immédiatement. Un patron digne de ce nom, sait tirer les conséquences de ses échecs à répétition en cédant sa place. Mais PSA, qui aime tant l’argent, si l’on en croit le président du RC Toulon, est-il capable de ce geste de panache, alors que les gros pardessus de la fédération ont décidé… de ne surtout rien décider?

Nous sommes devenus tellement timorés et prévisibles dans notre jeu stéréotypé, que la seule chance qui nous reste de briller  lors de la très prochaine Coupe du Monde, c’est de trouver un duo de maîtres tacticiens, capables d’inventer des schémas de jeu inédits et de fédérer un groupe, pour surprendre les grandes nations au jeu minutieusement orchestré depuis des mois.

Et quelle est l’équipe de top 14 qui incarne actuellement le plus le rugby à la française? L’Union Bègles-Bordeaux avec ses franchissements incessants et ses relances audacieuses. Franchement, Saint-André sur son canapé pendant la Coupe du Monde et un duo Ibanez-Etcheto pour amener un bienfaisant vent de folie au XV de France, ça ne vous ferait pas rêver?