Aussi gauches que primaires

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Même Thomas Pesquet dans sa station spatiale paraît moins coupé de la réalité que les sept prétendants au trône de gauche qui nous ont offert un long voyage au bout de l’ennui.

Parler en quatre-vingt-dix secondes maximum de la lutte contre le terrorisme ou de son programme économique est à peu près aussi simple que vider l’océan à la petite cuillère. Mais, pour ceux qui auront survécu à l’interminable échange de banalités qu’a été ce premier débat de la primaire de gauche clôturé à plus de 23h30, démonstration a été faite que ces primaires, non contentes d’être une offense à la démocratie – les bobos friqués et disponibles établissant le casting des candidats qui seront soumis ensuite au suffrage universel -, relèvent aussi de l’ineptie politique pure et simple, chacun étant obligé comme dans un concours de miss de se montrer le plus primaire et le plus démagogue pour avoir une chance de l’emporter.

Si Spock avait bossé un jour dans sa vie…

Prenez par exemple le délicieux Benoît Hamon, qui visiblement plait beaucoup aux sondeurs, sans doute à cause de ses yeux bleus et de ses oreilles pointues qui évoquent le personnage de Spock dans Star Trek. Il propose un revenu universel d’existence, ce qui peut être une bonne idée. En décembre, il parlait de 800 euros par mois, avant de revoir sa copie autour de 700. Coût de l’opération entre 300 et 400 milliards d’euros par an. Et le candidat, bravache, d’annoncer « Ce projet se réalisera en plusieurs étapes ». Tandis que les réseaux sociaux se pâment (Hamon l’emporte très nettement sur Twitter, sans doute pour avoir engagé le plus grand nombre de petites mains), le candidat est bien incapable d’expliquer comment il financera son projet. Et si le gentil Benoît avait un seul jour de son existence travaillé ailleurs qu’au parti socialiste ou dans le confort douillet des ministères, il saurait que le vrai problème est le faible niveau du salaire minimum, tellement voisin de ce qu’on peut toucher par l’assistanat qu’il dissuade d’aller travailler. Dans les zones rurales où il faut faire des kilomètres pour rejoindre son employeur et dépenser des fortunes pour faire garder ses enfants, on économise parfois de l’argent à rester chez soi. Mais quel est le socialiste qui a compris depuis Mitterrand que la première urgence, c’est de relever le salaire minimum à un niveau décent ?

Le ringard Montebourg veut faire marcher au pas la jeunesse

Mon intention n’est pas de m’en prendre spécialement à Benoît Hamon. Tous les candidats, hier soir, ont donné le sentiment d’être des beaux parleurs n’ayant pas la moindre idée concrète à proposer pour redresser la France dès 2017. Un peu comme des sinistrés qui regarderaient brûler leur maison tout en évoquant calmement avec les pompiers la prochaine Ferrari qu’ils vont s’offrir. Entre Jean-Luc Bennahmias qui ne se souvient pas des mesures qu’il a inscrites dans son propre programme, François de Rugy de l’école Jean-Marc Ayrault, capable d’endormir n’importe qui dans les cinq minutes, ou Vincent Peillon, aussi lisse que son brushing, le téléspectateur sincèrement à gauche a l’impression de vivre un cauchemar.

Alors pour se donner l’air présidentiable, on enfile un costume bleu, on réajuste la cravate et on ressort des vieilles idées planquées dans l’armoire derrière la naphtaline. Le fringant Montebourg, qui a connu l’armée dans un bureau de pistonnés caserne Mortier, veut « rétablir le service militaire ». Il a donc oublié que l’armée a été pour notre génération l’école de la bêtise galonnée du sergent Kronembourg, de la fainéantise absolue, de l’alcoolisme élevé au rang de divinité. C’est ça la gauche moderne ?

Et comme Bisque, Bisque, Basque ! déteste tirer sur les ambulances, personne ne s’appesantira sur les propos de la candide Sylvia Pinel déclarant « L’entreprise, ce n’est pas la guerre ». Si seulement, cocotte, tu avais fait autre chose dans ta vie qu’intégrer dès ton plus jeune âge le Parti Radical de Gauche pour sauter sur les genoux cagneux de Jean-Michel Baylet, tu saurais que bien souvent l’entreprise c’est Beyrouth Bagdad et Mossoul réunis. Comme le prouvent le nombre sans cesse croissant de suicides sur le lieu de travail.

Valls candidat ne connaît pas… Valls Premier ministre

Reste enfin le propos le plus stupéfiant entendu pendant cette trop longue soirée, un propos que les commentateurs ne semblent pas avoir relevé. Tandis que Manuel Valls, que tous ses petits camarades se sont bien gardés de malmener frontalement, est interrogé sur la Loi Travail, il balaie le sujet d’un revers de main : « Un vieux débat qui ne m’intéresse pas ! ». Vingt-huit millions de salariés qui sont aussi des électeurs sont concernés, ils ont le sentiment que la gauche les a trahis et veut les obliger à dire « Merci mon bon maître » à ceux qui daigneront les employer, mais le schizophrène candidat Valls Manuel ne veut pas savoir ce qu’a fait le Premier ministre Manuel Valls.

C’est désolant pour tous les militants socialistes sincères, désolant pour tous les élus qui font consciencieusement leur boulot, mais, face à ce spectacle d’une gauche exsangue et totalement vermoulue dans ses propositions, face à ces apparatchik-candidats qui ne savent rien de la vraie vie, on se dit, quel que soit le chagrin qu’on éprouve, qu’à un moment il faut se rendre à la raison, savoir refermer le couvercle du cercueil socialiste et aller chercher les valeurs de gauche du côté de Jean-Luc Mélenchon. De profundis !

Charlot dispute la primaire

Vincent Peillon a regardé les programmes de cinéma de son quartier. Et comme rien ne lui plaisait, il s’est dit qu’il ferait un très bon président de la République.

Ah le respectable candidat que voilà ! L’homme qui fait passer ses convictions et son appartenance au parti avant ses intérêts personnels ! Celui que l’on souhaite comme Président de la République, tant il est évident qu’il portera haut les couleurs de la vertu, de la morale et de l’intégrité sans faille. Résumons les faits pour ceux qui auraient raté quelques épisodes sur la désinvolture mode d’emploi.

Ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon a trouvé normal de verser le dixième des émoluments reçus au parti socialiste, comme le précisent les statuts du parti, jusqu’en 2014. Nommé ensuite député européen, après avoir été éconduit par Manuel Valls, Vincent Peillon s’est montré aussi désinvolte avec les obligations financières dues à son parti qu’avec la feuille de présence de l’Assemblée européenne. Classé 467e sur 761 en matière d’assiduité, Vincent Peillon n’a assisté qu’à 11 réunions sur 27 de la commission des Affaires étrangères depuis février 2015 et reste totalement inconnu de ses collègues, puisqu’on le voit principalement le mardi, jour de la signature de la feuille d’émargement qui permet de toucher ses indemnités. (Un sport pratiqué aussi par Dati, Mélenchon ou Marine Le Pen, tous d’accord pour prendre du pognon sans bosser).

(http://www.bfmtv.com/mediaplayer/video/comment-peillon-peine-a-justifier-ses-nombreuses-absences-au-parlement-europeen-894661.html)

Et pendant deux ans, ce grand militant socialiste n’a pas daigné octroyer un centime à son parti, ce qui l’a obligé à signer en catastrophe un chèque de 19 500 euros pour pouvoir se présenter à la primaire. Cher, tout de même, pour une possible déculottée et quelques minutes de gloire télévisuelle. Mais ce manque de vertu socialiste, n’a visiblement pas gêné les 19 parlementaires, les 10 élus locaux, les 60 conseillers régionaux et départementaux et les 15 membres du conseil national du PS qui lui ont accordé sans barguigner leur signature.

Cotisation à département variable, CV à diplômes imaginaires

Et, pour ne pas accabler la gauche, on passera sous silence les trouvailles d’un Arnaud Montebourg, inventeur de la cotisation à département variable. Il verse 172 euros mensuels à la fédération de Saône-et-Loire, ce qui en fait un quasi smicard, si l’on se réfère à la loi des dix pour cent, tandis que le trésorier national Christian Bataille estime qu’il devrait verser mille euros pour mois et chiffre l’arriéré dû par l’ex spécialiste du fabriquons français et de la marinière Armor-Lux à 40 000 euros. Et Montebourg affirme qu’on lui envoie des boules puantes quand on lui parle gros sous !

Et, même s’il n’est pas candidat à cette primaire, on ne manquera pas aussi de saluer l’imagination du nouveau ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux, qui, pour avoir suivi quelques cours à HEC et l’ESSEC, s’est déclaré diplômé de ces deux grandes écoles, ce qui est faux, avant de rétropédaler furieusement et de charger son assistant qui l’aurait « mal compris », en mettant son CV en ligne.  Ce n’est pas beau de mentir ainsi quand on est ministre de l’Intérieur. Mais, à force de tricheries permanentes, d’approximations avec les faits ou la vérité, on finit par trouver normal l’impensable. Bernard Cazeneuve, pour une telle approximation aurait dû démettre immédiatement le néo ministre de ses fonctions. Il s’est contenté d’opter pour le silence gêné.

Oui, décidément, quand la gauche enclenche la machine à perdre, elle sait être tout à fait impressionnante.

Revenir à l’essentiel et faire Vallser Fillon

La route à venir ne va pas être simple pour Manuel Valls. Au concours du parti le plus bête du monde, le PS semble décidé à faire aussi bien que la droite.

Même si elles m’ont valu quelques profondes satisfactions, comme ce coup de pied aux fesses infligé au petit Nicolas, les primaires, qu’elles soient de droite ou de gauche, continuent à susciter en moi un profond malaise. Pour les médias comme pour les politiques, une somme de quatre euros, si l’on vote aux deux tours, est totalement négligeable et ne mérite pas la moindre réflexion. Nous connaissons pourtant tous autour de nous des gens pour qui une telle somme est vitale.

GRATUITÉ INDISPENSABLE

Est-il logique, est-il démocratique que des bobos friqués et politisés puissent ainsi déterminer à l’avance le casting d’une élection au suffrage universel tandis que les prolos impécunieux devront se contenter du choix effectué par des gens à des années-lumière de leurs préoccupations ? De Gaulle disait « La seule Cour suprême, c’est le peuple ». À l’évidence, l’esprit de la Ve République est trahi avec l’organisation de primaires payantes. Quand on sait que l’État français a versé plus de 63 millions d’euros de financement public aux partis politiques en 2015, il est navrant de constater que le parti socialiste, décidément doté du même autisme que la droite, n’a pas le réflexe élémentaire d’une primaire gratuite, permettant à tous ceux qui le souhaitent de voter, sans exclusion par l’argent. Quitte à installer dans un coin des salles de vote, une tirelire où chacun pourrait donner librement pour aider aux frais d’organisation du scrutin.

LE FN N’A PAS DIT SON DERNIER MOT

Marine Le Pen reste persuadée qu’elle va caracoler en tête.

Pour presque tous les confrères, la messe est dite et la désignation de François Fillon ruine les espoirs de Marine Le Pen. Circulez, y’a plus rien à voir ! C’est sans doute aller un peu vite en besogne. François Fillon a totalisé sur son nom presque trois millions de suffrages, ce qui est une belle performance. Mais pour se qualifier au premier tour de la présidentielle, il faut généralement dix millions de votes en sa faveur et vingt pour devenir Président de la République. D’après les sondeurs, 400 000 sympathisants du Front national seraient venus voter à la primaire de la droite. Les autres sympathisants, pendant ce temps, ruminent en silence leur haine du système et fourbissent le bulletin fatal qu’ils déposeront dans l’urne le jour de la présidentielle. Marine n’a pas fini de faire parler d’elle.

L’AGONIE DE HOLLANDE

Les adversaires de Manuel Valls, qu’ils soient de droite ou de gauche, soulignent à l’envi que le Premier ministre lui a planté un poignard dans le dos avec son interview au Journal du Dimanche. Même si je ne suis pas du tout favorable à Manuel Valls, appréciant peu sa perpétuelle danse du ventre devant le patronat et sa Loi travail, rien ne me semble plus faux. Hollande a lamentablement raté son quinquennat et il ne le doit qu’à lui, son Premier ministre ayant plutôt limité les dégâts. Refusant de s’inscrire à l’Association au Droit de Mourir dans la Dignité, Hollande était le seul à ne pas avoir conscience d’être en phase terminale. Ségolène et ses enfants ont tenté de lui dire, Valls, plus pragmatiquement l’a débranché et il a bien fait. La politique n’est pas une activité pour les poètes, et Hollande, lors de ses prochaines escapades en scooter, pourra toujours se dire qu’il a renoncé de lui-même, tandis que Sarkozy s’est fait virer. C’est tout ce que les livres d’histoire, avec le mariage pour tous, retiendront de son peu brillant passage.

VALLS L’ÉQUILIBRISTE

Les chances de la gauche de remporter la présidentielle de 2017 sont infimes. Manuel Valls sait parfaitement qu’une élection présidentielle, c’est la rencontre d’un homme et d’un peuple et qu’il conserve une minuscule fenêtre de tir. En attendant, il va devoir se livrer à un sacré numéro d’équilibrisme. Libéral et à droite presque toute quand il gouvernait, il va se souvenir qu’il est à gauche dans les jours qui viennent pour tenter d’asphyxier Montebourg, avant de draguer les centristes s’il réussit à sortir vainqueur de la primaire. De la haute voltige, certes, mais aussi quelque part le lot quotidien d’un politique. Et Valls dans l’exercice n’est pas le moins doué de tous.

LA PRIMAIRE LA PLUS BÊTE DU MONDE

Pour Gérrard Filoche, l’essentiel, c’est de doubler les salairres. et de laisser l’orthographe à ceux que ça intéresse… (Photo François Amigorena)

Si la primaire de la droite a permis aux Français de découvrir ce qui se cache derrière le vocable creux du libéralisme – haine du salarié, mépris des plus faibles, volonté d’éradiquer le syndicalisme -, nul ne peut contester que l’événement a été de fort belle tenue avec un ancien président de la République et deux anciens Premiers ministres à l’affiche. Malheureusement la politique est ainsi faite que la tentation du quart d’heure de gloire télévisuelle existe. Ce n’est pas faire injure aux candidats de la primaire de gauche d’affirmer qu’ils sont plus là pour faire prospérer leur fonds de commerce et négocier au plus offrant les quelques voix obtenues au premier tour plutôt que véritablement viser l’élection présidentielle. Entre l’inexistante Marie-Noëlle Lienemann, la girouette Montebourg, Vincent Peillon en faux-nez de Martine Aubry, ou le brave inspecteur du travail Gérard Filoche, les débats pourraient vite devenir ridicules et la primaire une magnifique machine à perdre. J’en suis personnellement très chagriné, mais la gauche a une chance et une seule de l’emporter et elle se nomme Manuel Valls.

LE VRAI FILLON

La modeste masure du pauvre hère Fillon, présentée dans Paris Match.

La capacité d’oubli de nos médias n’a d’égale que celle de nos concitoyens. Pendant les primaires de droite, on s’est gargarisé sur Mister Nobody revenu de nulle part, sur l’homme simple qui plaît aux Français, le Sarthois placide capable d’essuyer les tempêtes. Au lieu de taper comme un sourd sur cette icône en carton-pâte qu’un souffle devrait balayer, autiste, la gauche s’apprête pendant deux mois à ferrailler entre elle en négligeant un homme dont le programme devrait épouvanter n’importe quel citoyen ayant deux sous de bon sens. François Fillon, c’est d’abord, selon les dires du personnel de Matignon, rapportés par « Le Canard enchaîné » de l’époque, « le pire jouisseur de la Ve République ». L’homme qui prône les économies indispensables mais qui n’hésitait pas à prendre un avion ministériel plutôt qu’une voiture pour les 250 kilomètres à parcourir entre Matignon et son château de Solesmes et ne se souciait que de son confort personnel. Le même Premier ministre qui, en 2011, au mépris de la politique étrangère de la France, acceptait une invitation de Moubarak à passer les fêtes de fin d’année en Égypte. Et à détourner sournoisement l’attention sur Michèle Alliot-Marie et ses vacances tunisiennes, pour qu’on l’oublie.

QUI EST LE PLUS PRIMAIRE ?

La différence de style est frappante. Hollande a mis dix minutes à défendre son bilan, avant d’annoncer qu’il ne se représentait pas. Valls quarante secondes à annoncer sa candidature avant de commencer à fustiger ses futurs adversaires. En 1980, nous étions nombreux à ne guère entretenir d’illusions sur François Mitterrand. Mais notre détestation de Valéry Giscard d’Estaing était telle, que nous avons voté sans trop de difficultés pour François les dents longues, avant de découvrir quelqu’un qui a su incarner la fonction présidentielle. Éternel capitaine de pédalo corrézien, Hollande ne s’est pas hissé à la hauteur du poste qu’il occupait, ce qui l’a définitivement séparé de ses électeurs. Je ne rêve vraiment pas de Valls à chaque heure du jour et de la nuit, mais sa fougue, sa combativité alliée à son sens de l’État, font de lui la seule chance de la gauche et un possible et présentable Président de la République.

À condition d’arrêter un peu avec ces primaires qui faussent complètement le jeu politique, Valls devant lutter pendant deux mois contre son propre camp pendant que Macron, avant de faire pschitt, va pouvoir parader et débiter des inepties au kilomètre sans la moindre contrainte puisqu’il s’est affranchi de ce tour préliminaire !

Oui, sans aucun doute, « Valls, c’est du brutal » comme diraient les tontons flingueurs. Et quand on voit la furia avec laquelle le petit taureau catalan peut asséner ses arguments, on se dit que le fils de notaire Sarthois, grand spécialiste du coup en douce, mais pas trop courageux dans le face à face, pourrait sérieusement se faire malmener dans un débat à deux. Et après, qui sait ?

Europe : le bal des pleureuses

Elections-europeennes-2014François Hollande, aux abois, n’a décidément plus aucun sens politique : alors que l’actualité lui souriait enfin, lundi 26 mai, avec la mise en garde à vue de Claude Guéant dans l’affaire Tapie, et la bombe Bygmalion – plus de 10 millions d’euros de fausses factures destinées à financer la campagne électorale de Sarkozy en 2012 ! – le Président de la République, au lieu de rester paisiblement dans son bureau élyséen à écouter les journalistes dire du mal de la droite, a voulu faire l’ouverture des journaux télévisés, pour débiter quatre minutes de fadaises larmoyantes sur sa nouvelle défaite électorale. « L’Europe est devenue illisible, j’en suis conscient! ». Et, comme si les Français n’étaient pas suffisamment agacés par le sujet, France 2 s’est cru obligée de passer la deuxième couche avec le bon point adressé à notre pays par Angela Merkel : « La France est sur une bonne voie ». Madame la chancelière est bien bonne avec le petit peuple impécunieux !

Tout aussi pitoyable avait été, la veille, ce défilé de politiques, dégoulinant de bons sentiments et n’hésitant pas à expliquer le sidérant résultat du scrutin européen, avec le Front national largement en tête, par l’inculture politique des Français.

Comme s’ils n’étaient pas prioritairement les responsables ! Deux ou trois rappels semblent s’imposer.

– Quand le PS ne sait plus quoi faire de Harlem Désir, son secrétaire national, jugé incompétent absolu par tous, et le nomme, pour le consoler, secrétaire d’État aux Affaires européennes à quelques semaines du scrutin, on ne peut pas dire qu’un signal fort soit adressé aux électeurs et on doit moins s’étonner du résultat catastrophique des socialistes.

– Alors que cette élection devrait être la plus importante de toutes en France, quand tous les recalés du gouvernement ou des scrutins précédents se recasent aux élections européennes, qu’ils se nomment Peillon ou Michèle Alliot-Marie, l’électeur est capable de se rendre compte qu’on lui refile du second choix. Surtout quand  l’ex-ministre des Affaires étrangères trouve, en plus, le moyen de pleurer sur son sort et sur l’argent qu’elle perd en se présentant!

– Quand, enfin, des sympathisants de l’Europe ont voté non, avec les eurosceptiques, à une constitution européenne totalement illisible et antidémocratique en 2005, ils n’ont guère apprécié de voir les politiques, la ratifier en douce en 2007, au mépris du suffrage universel, lors du traité de Lisbonne, et il n’est guère étonnant qu’ils aient eu envie, hier, de glisser quelques pétards dans l’urne.

Combattons le FN sur le terrain politique !

Comme beaucoup de Français, je me sens triste du signal envoyé aux autres pays d’Europe, avec un Front national à 25%. mais là encore, les discours tenus par tous ceux venus fanfaronner sur les plateaux télé, qu’ils soient de l’UMP ou du PS, me semblent consternants.

Le Front national est, qu’on s’en agace ou non, devenu un parti comme les autres. Le diaboliser, jeter l’anathème sur lui, évoquer un front républicain contre lui, c’est comme interdire à des enfants de jouer aux allumettes. À visages découverts, des commerçants ayant pignon sur rue, des enseignants, des agriculteurs ont expliqué aux journalistes devant des caméras, pourquoi ils avaient voté Front national, ce qui ne se serait jamais vu, il y a dix ans. Traiter ce parti de raciste et d’antisémite et s’arrêter à cela est désormais trop court. Les tribunaux sont là pour juger sans la moindre clémence les actes ou les propos délictueux, mais c’est sur le terrain politique que ce parti doit être combattu. Le temps des invectives qui parsemaient les discours de Jean-Marie Le Pen est bien révolu. Marine Le Pen et Florian Philippot ont eu l’habileté de rendre le parti présentable, de chanter la Marseillaise à tue-tête à chaque occasion et de se qualifier de  » patriotes « . Ce qui permet de rassembler sous leurs couleurs nombre de ceux qui veulent émettre un vote protestataire.

Le Front national doit être combattu sans trêve, sans relâche, mais à la loyale, sur le terrain des idées. Mitterrand, qui se plaignait du parti communiste, a tout fait pour aider le parti de Jean-Marie Le Pen, histoire d’embêter la droite. De leur côté, les partis de droite, ont eux aussi, tout en arguant d’improbables pactes républicains, bien souvent fait des mamours aux élus de Marine le Pen, quand leurs sièges étaient en jeu. Alors que le Front national devient depuis 2002 une force politique importante dans ce pays, il est risible qu’il n’ait que deux représentants à l’Assemblée nationale. Là aussi, au lieu de larmoyer sur les incompréhensions dont il se croit victime, François Hollande serait bien avisé de réfléchir à une dose de proportionnelle, pour que les petits partis soient mieux représentés et pour que Marine n’ait plus à crier au loup sur « l’UMPS ».

Mais, c’est demander aux politiques de se comporter en responsables avisés et non en sales gosses qui adorent craquer des allumettes. Dimanche 26 mai, nous avons assisté, avec ce score du Front national, à la défaite des pyromanes.

Oui, Daniel Cohn-Bendit a mille fois raison quand il s’exclame, avec cette fougue qui est la sienne ; « Ce n’est pas l’Europe qu’il faut mettre au placard, mais ceux qui la font! »

Liberté, laïcité, même combat

Charte de la laïcité

Rappeler quelques grands principes républicains comme la laïcité, n’est pas naïf… N’en déplaise aux bonnes consciences de gauche comme de droite.

Le prêtre, le rabbin et l’imam sont parfaitement respectables, tout autant d’ailleurs que les responsables des cultes sikhs, bouddhistes ou animistes, mais depuis 1905 en France, leur influence doit s’arrêter à la porte de l’école, creuset unitaire dans lequel doivent se fondre les différentes composantes de la République.

On ne félicitera donc jamais assez le ministre de l’Éducation nationale, Vincent Peillon, d’avoir fait distribuer, lors de cette rentrée scolaire, La Charte de la laïcité à l’école, car la confusion à ce sujet semble grande dans les esprits :   » La laïcité de l’École, rappelle le ministre,  n’est pas une entrave à la liberté, mais la condition de sa réalisation. Elle n’est jamais dirigée contre les individus ni contre leur conscience, mais elle garantit l’égalité de traitement de tous les élèves et l’égale dignité de tous les citoyens. Refusant toutes les intolérances et toutes les exclusions, elle est le fondement du respect mutuel et de la fraternité .« 

Les réactions entendues dans les jours qui ont suivi cet affichage, montrent bien à quel point il est urgent de revenir aux fondamentaux de notre République. Tel maire, de lin blanc vêtu, a multiplié les menus dans sa cantine, tel enseignant, belle âme de gauche, affirme que l’on risque d’exclure des enfants démunis de l’école si on ne ferme pas les yeux sur les voiles ou les kippas… Et l’on se souvient de la polémique née à Lille après que des horaires de la piscine municipale aient été réservées aux femmes!

L’école républicaine doit à chacun une égalité de traitement comme elle doit aux enfants qui mangent à la cantine un menu sain et équilibré. Les enseignants ont le devoir d’observer une neutralité idéologique de tous les instants, tout en veillant à ce que les signes religieux demeurent discrets et l’expression d’une conviction privée. Si l’on commence à prendre en compte dans les menus de la République les interdits culturels ou alimentaires de tel ou tel, pourquoi ne pas respecter aussi les végétariens, les végétaliens ou les inconditionnels de la lentille verte du Puy-en-Velay ?

Transiger avec ces règles, c’est ouvrir grand les portes du communautarisme, le pire ennemi de la République, quand chacun se replie sur ses pratiques, ses convictions, son calendrier sans accepter la différence et les règles communes qui caractérisent notre pays..

Quand on se rend dans un hôpital public, on accepte tacitement d’être ausculté par un médecin homme ou femme. Ou sinon, on décide de s’offrir une consultation privée. De la même façon, si l’enseignement offert par la République ne convient pas, les parents ont la possibilité d’envoyer leurs chères têtes blondes ou brunes dans une école confessionnelle et payante.

La laïcité, c’est pouvoir dire à l’autre qu’on n’est pas d’accord avec lui et que l’autre sache que le propos vise l’idée exprimée et n’est pas lié à une couleur de peau ou à des convictions religieuses. La laïcité c’est se révolter quand une police raciste multiplie les contrôles au faciès sur une partie de la population. La laïcité, c’est se battre contre les partis politiques dont le fonds de commerce est l’exclusion. La laïcité c’est la possibilité d’être heureux et de rire de tout avec tout le monde, de se réjouir de nos différences qui sont notre richesse parce que l’on appartient à une république une et indivisible et que les églises, les mosquées ou les synagogues ont parfaitement leur place dans le paysage français du moment qu’elles n’empiètent pas sur le territoire commun.