Macron n’y va pas de main morte

Impressionnant face à Donald Trump, le président Macron a remporté son duel… haut la main.

La rencontre de « deux mâles alpha » selon la presse américaine.

Pour avoir fréquenté des boxeurs dans ma jeunesse, j’ai toujours été frappé de la douceur avec laquelle ces sportifs vous serrent la main. Seuls les matamores de vestiaire, ceux qui cherchent à faire oublier leur médiocrité sur le ring, s’obligent à vous broyer les phalanges pour bien vous faire sentir leur virilité. Faute de pouvoir briller par sa hauteur de vues ou ses connaissances géo-politiques, le président américain Donald Trump a développé une stratégie bien à lui pour faire sentir à ses interlocuteurs qu’il entend demeurer le maître du monde. Le Premier ministre japonais Shinzo Abe, reçu à la Maison-Blanche en février dernier, n’est pas prêt d’oublier l’étreinte de dix-neuf secondes que le rustique président des États-Unis a fait subir à la petite miniature qui lui tient lieu de main. Ne ratez pas sa grimace de soulagement quand le supplice se termine, elle est désopilante.

http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/11/la-poignee-de-main-entre-donald-trump-et-shinzo-abe-derniere-d/

Emmanuel Macron apprend décidément très vite, même s’il n’a pas été élu à mains levées. Très à l’aise pour son premier G7, sachant habilement s’écarter avec Justin Trudeau tout en restant à portée de main pour offrir aux photographes l’image d’une jeune classe dirigeante triomphante, complice avec Angela Merkel comme jamais Hollande ne l’a été, le président français a retenu l’attention de tous les médias américains en se sortant

brillamment du traquenard tendu par Donald Trump. Face aux caméras, notre Macron que l’on découvre féroce, non seulement ne s’échappe pas face à la tentative de destruction de sa main droite par le soudard américain, mais il en rajoute et, pour notre plus grand chauvinisme triomphant, ce sont les articulations de Trump qui blanchissent, ses doigts qui papillonnent et se font flanelle pour tenter d’échapper à la broyeuse, tandis que Macron, sourire de façade et œil cruel rajoute une ultime pression avant de libérer les cinq otages. Voici d’ailleurs ce qu’écrit le New-York Times à ce sujet :  » Leur poignée de main a suscité l’étonnement. Le président américain de 70 ans et son homologue français de 39 ans se sont donnés la main, entamant un salut viril qui s’est achevé en poignée de la mort bon enfant. Les mâchoires serrées, leur visage alternant entre sourires et grimaces, les deux hommes se sont serrés la main jusqu’à ce que les jointures de M. Trump pâlissent. A un moment, le président a essayé de retirer sa main, mais M. Macron a agrippé sa main encore plus fort et a continué à la serrer. Finalement, la seconde fois, M. Trump s’est retiré et M. Macron l’a laissé partir.« 

Même si Macron a franchi l’épreuve haut la main et si on applaudit des deux mains, on a le sentiment qu’il s’en est fallu de l’épaisseur d’un doigt que le président des États-Unis ne dégaine l’arme nucléaire s’il avait eu le fameux bouton rouge à portée de main.

http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20170526.OBS9911/trump-aneanti-par-la-poignee-de-main-de-macron-la-presse-compte-les-points.html

Et c’est donc avec une certaine inquiétude que l’on attend la visite demain en France de Vladimir Poutine, autre grand primate de la virilité triomphante. Après le rituel baiser sur la bouche, vont-ils affronter un ours à mains nues pour pouvoir évaluer leur testostérone ? Tandis que Fillon, Juppé ou Valls regarderont les images en se répétant, nostalgiques, le vieil adage : « Aux innocents, les mains pleines ».

Les moines copistes des Panama Papers…

Le secret le mieux gardé du mondeParce que vous croyez que le journalisme d’investigation, ça se pratique tranquillement pendant les heures de bureau et qu’on publie un article après avoir reçu deux mails et échangé trois coups de téléphone avec une source bien placée ? Bastian Obermayer se trouve chez ses parents, un jour où tout le monde chez lui est malade, lorsqu’il reçoit un mail d’un certain John Doe (l’équivalent de Monsieur Dupont en français) : « Intéressé par des données ? Je les partage volontiers ». Évidemment, en bon « chien de chasse » (le surnom donné dans la corporation aux spécialistes de l’investigation), il va dire oui, tout en sachant qu’on rencontre plus souvent un mythomane qu’une source authentique dans ce métier.

Le journaliste du Suddeutsche Zeitung, gros quotidien régional allemand ne se doute pas qu’il en prend pour deux années à travailler nuit et jour et ne plus voir sa famille. Appâté par les premiers documents fournis, où l’on trouve quelques chefs d’état mais aussi des amis de Poutine ou des vedettes du sport comme Lionel Messi, qui tous sont visiblement passés par un cabinet d’affaires panaméen Mossack Fonseca pour planquer dans des paradis fiscaux des fonds cachés, et vite aidé par son frère et une petite équipe du journal, le journaliste va recevoir 11,5 millions de documents concernant à peu près tous les pays du monde.

Secoués par ce qu’ils ont entre les mains, les deux journalistes vont avoir le bon réflexe de se tourner vers le Consortium International des Journalistes d’investigation et ce sont environ quatre cents journalistes de soixante-dix pays (dont Le Monde pour la France) qui vont explorer ce maquis vertigineux avant de lancer une publication conjointe en juin 2016.

Vernis à paillettes sur l’ordinateur

Avec « Le secret le mieux gardé du monde », le lecteur peut vivre un thriller haletant… et qui n’a rien d’imaginaire : « Nos collègues, qui sont dans la confidence, posent cette question de plus en plus souvent : avons-nous peur ? Tant qu’on n’y pense pas, non. Mais quand on commence à y réfléchir, oui. ». Enquêter sur un tel sujet, c’est aussi racheter sans cesse de nouvelles machines, car les ordinateurs du commerce ne sont pas assez puissants pour « mouliner » les données : « Les 2,6 teraoctets de données des serveurs du cabinet Mossack Fonseca montrent le monde de l’offshore dans ses moindres détails et de façon quasi instantanée. »

Chaque soir, de lourdes chaînes sont installées autour de l’ordinateur et du vernis à paillettes posé sur les vis pour prévenir toute tentative d’intrusion. Et c’est sans doute parce que les deux journalistes allemands ont eu l’idée de partager avec leurs confrères cette information trop grosse pour eux, que tout le monde sortira vivant de cette affaire, y compris dans des pays comme la Russie ou le Panama où assassiner un journaliste relève du passe-temps dominical.

Naïvement, nos deux confrères espèrent que le scandale des Panama Pampers mettra fin aux paradis fiscaux et aux sociétés écrans, ce qui semble fort peu probable. « Les règles d’une société, votées et soutenues par tous, perdent leurs sens si elles ne s’appliquent pas à ceux qui, grâce à leur fortune et leur pouvoir, sont en mesure de les contourner (…) L’employé ordinaire, impuissant, voit sur sa fiche de paie ce que l’État a déjà pris. En revanche, quelqu’un qui empoche ses dividendes via une société écran aux Îles Vierges britanniques peut décider lui-même s’il va déclarer ces revenus dans un pays où il profite de commodités et de protection.  Dans le monde de la finance, l’impression que « ceux d’en haut » peuvent faire ce qu’ils veulent est une réalité. »

Un constat désespérant pour un livre passionnant.

« Le secret le mieux gardé du monde, le roman vrai des Panama Papers », Bastian et Frederik Obermayer, éditions Le Seuil, 432 pages, 20 €.

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