Vraiment aussi Zigorrible que cela?

ZIGOR 049On ne remerciera jamais assez le sculpteur Kepa Akitxo, plus connu sous le nom de Zigor, pour l’engouement qu’il a suscité vendredi 8 mai, sur le parvis des halles de Biarritz. Étourderie des services techniques ou nécessité pour préparer la mise en eau, la statue-fontaine, jusque-là soigneusement bâchée, que Didier Borotra avait commandée en douce, officiellement sans en informer ses adjoints Brisson et Veunac, a été momentanément visible avant de repartir sous sa housse. En deux heures de temps, l’œuvre de Zigor a suscité une affluence presque comparable à celle que connait annuellement la très désertée Cité de l’Océan.

Travaillant juste à côté sur le parvis des Halles, la marchande de textiles se marre : «  Je guette un commentaire positif depuis deux heures, mais je n’en ai pas encore entendu un ».  Et c’est vrai que c’est un spectacle que de voir les vieux Biarrots poser le cabas et se laisser aller à dire ce qu’ils ont sur le cœur. « On dirait un étron »…« Encore une grosse merde que nous a léguée Borotra. Il ne manque plus que sa statue dessus et on aura un symbole parfait de ce qu’a été la fin de son règne« … « S’ils en font une fontaine à pastis, peut-être qu’on reviendra… »

ZIGOR 050Heureusement, un modéré surgit dans la foule des badauds pour tempérer le propos : « Je ne suis pas un grand fan, mais je trouve très bien que ce soit un artiste local qui en soit l’auteur ». Par rapport à toutes les critiques des Biarrots sur la Cité de l’Océan, c’est presque un plébiscite.

Michel Veunac, pour sa part, s’est déclaré en plein conseil municipal « très fan » de l’œuvre. Il doit déjà frétiller du ciseau à l’idée de couper le ruban tricolore le jour de l’inauguration et va être très agacé par la publication de ces photos. Bisque, bisque, Basque!  se gardera bien d’intervenir dans la polémique sur l’élégance ou l’absence d’élégance de cette statue. Il continuera juste à se demander comment Didier Borotra a pu commander et choisir seul une statue, sans en informer son conseil municipal et pourquoi le nouveau maire n’a pas demandé de comptes à son prédécesseur sur ce manifeste abus de pouvoir.

Borotra mérite des huées

statueMême les plus malins finissent par trébucher ! Grand spécialiste de la communication, Michel Veunac a commis deux petites maladresses, lors du dernier conseil municipal, et il s’emploie depuis à les faire oublier comme le prouve l’article de Sud Ouest  (8/10), intitulé « Si chères sculptures« .

La première pourrait prêter à sourire. Michel Veunac, en se déclarant  » absolument pas fan  » de la statue du sculpteur tarbais Jean-Jacques Durancet, représentant un piéton tenant un chien en laisse (47 500  €, tout de même!), s’est laissé aller :  » On lui trouvera une petite place « . Malicieusement, le journaliste de La Semaine du pays basque, Jean-Philippe Ségot a immédiatement suggéré au maire de Biarritz de l’installer en face du domicile de son grand rival, Max Brisson. Plus sérieusement, les habitants du quartier qui héritera de cette statue sauront en quelle estime le premier magistrat de la Ville les tient.

La deuxième petite erreur est beaucoup plus révélatrice. Lorsque Max Brisson s’est étonné de la facture à payer, demandant à Michel Veunac s’il se souvenait avoir voté les 126 000 € pour les statues de Zigor et Durancet, le maire de la Ville a immédiatement réagi, affirmant qu’il n’avait jamais raté un conseil municipal et qu’il ne s’en rappelait pas. Et c’est à ce moment là seulement qu’il a mobilisé les services administratifs de la Ville pour savoir si cette douloureuse facture pouvait être contestée. La réponse est non puisque Didier Borotra disposait d’une délégation de signature sur les marchés publics inférieurs à 207 000 €. Tout serait donc parfaitement normal, si l’on en croit le nouveau maire. Un rétropédalage frénétique qui prêterait à sourire, s’il ne cherchait au passage à faire oublier les approximations de son mentor et à mouiller l’ancien premier adjoint, Max Brisson,  » qui n’ignorait rien du projet d’aménagement des halles « . Une lecture plus que discutable du coup en douce fait par le cher, le très cher Didier..

Une délégation de signature ne sert pas à faire son marché

La délégation de signature est une nécessité pour un maire, s’il veut être efficace. Si une chaussée doit être refaite d’urgence, ou si une intervention sur un bâtiment communal s’impose, il est logique que le maire n’aie pas à courir après ses adjoints pour prendre une décision.

Que le maire, en revanche, après avoir fait voter sans entrer dans les détails un projet d’aménagement des halles pour 600 000 €, profite de cette délégation de signature pour commander en douce des œuvres d’art, sans en délibérer avec son conseil municipal, ou au moins avec ses adjoints, est révélateur du mépris avec lequel Didier Borotra, dans son dernier mandat, a traité la démocratie. Passer commande, à un mois de son départ, les 3 février et 11 mars, de sculptures quand on a endetté la Ville comme il l’a fait, relève de la désinvolture la plus absolue.

Le message envoyé par Didier Borotra à ses administrés est clair : « Je fais mes emplettes et vous payez ! « .  Si vous le croisez dans la Ville, au volant de sa rutilante Smart, surtout, ne vous privez pas de l’applaudir très fort pour toutes les dettes qu’il a laissées sous le tapis et pour son inoubliable dernier mandat…

… Une fois de plus, comme dans l’affaire de l’emprunt fait par Michel Veunac à l’un des principaux fournisseurs de la Ville Jacques Darrigrand, on est dans le légal mais aussi dans le pas très normal. Une spécialité à part entière, décidément,  à Biarritz.