Valls, Mélenchon, Bayrou, la farce tranquille

Campant sur leurs marécages, les vieux crocodiles de la politique n’ont visiblement rien compris au signal envoyé par les électeurs.

Par la bonne odeur des législatives alléchés, nos politiques se montrent prêts à tout et affichent pour la plupart un comportement… insigne. (Image Expertissim)

Montrez la porte à la vieille politique et elle reviendra par la fenêtre ! Voilà un ancien Premier ministre socialiste, qui paraissait incontournable il y a peu encore. À l’Assemblée nationale, il n’hésitait pas à qualifier son ministre des Finances Emmanuel Macron de « microbe » et à l’admonester en public. Candidat malheureux aux primaires de la gauche, Manuel Valls, s’est parjuré, appellant à voter Macron alors qu’il s’est engagé à soutenir le vainqueur de la primaire. Et le même, en ce début de semaine, toute honte bue – une investiture pour rester propre et continuer à exister ! – annonce l’effondrement du parti socialiste et son désir de se présenter aux législatives à Evry sous les couleurs d’En Marche.

Habileté suprême du « microbe », qui sait qu’en politique les retournements de situation sont monnaie courante, Macron refuse l’investiture à Valls mais ne lui oppose pas de candidat En Marche. Comme il le confie à un de ses conseillers dans le documentaire diffusé sur TF1, « Je ne fais pas d’offre de services, je cherche à déstabiliser l’adversaire ».

Mélenchon-Je-suis-Partout

Voilà un autre prétendant sérieux au bal des ego ! En 2012, Jean-Luc Mélenchon avait été trop content de faire épauler sa petite boutique contestataire par le parti communiste. Mais décidément, les sondages qui le voyaient qualifié pour le second tour face à Marine Le Pen, lui sont montés à la tête. Non content de bouder au soir du premier tour, le donneur de leçons Mélenchon, alors que le parti communiste appelait immédiatement à voter Macron, a minaudé, tergiversé pour délivrer un message inaudible – « J’appelle à ne pas voter Marine Le Pen, mais je me refuse à donner des consignes de vote » – qui relève de la faute morale autant que politique, le Front national devant être combattu sans la moindre faiblesse.

La déception de l’échec à peine digérée, le vieux cheval de retour Mélenchon, décide de mépriser ses alliés d’hier et de présenter des candidats de la France Insoumise face aux candidats communistes, le plus sûr moyen de faire perdre les deux camps. Et comme si cela ne suffisait pas, il organise une opération parachutage sur la Canebière pour lui-même. Candidat de l’Essonne aux sénatoriales en 2004, candidat aux législatives dans le Pas-de-Calais en 2012, candidat aux Européennes pour le Sud-Ouest en 2009 et 2014, le roi de la chute libre Mélenchon boucle son tour de France en sautant sur Marseille où il avait réalisé au premier tour un score particulièrement intéressant. Une façon à l’ancienne de faire de la politique, une désinvolture vis-à-vis des électeurs et un mépris pour l’ancrage local qui vaudront, je l’espère, une solide déculottée à ce Mélenchon-Je-suis-partout, même si je continue à avoir de la sympathie pour ses idées.

Bayrou ivre de lui-même

Et comment ne pas placer d’office sur ce podium des ego bouffis et distendus, un François Bayrou, miraculeusement revenu dans le jeu, pour avoir annoncé un peu plus tôt que les autres son soutien à Emmanuel Macron ? Honni de la droite pour avoir appelé à voter Hollande en 2012, Bayrou est parfaitement conscient qu’il a peu de chances de devenir le Premier ministre d’Emmanuel Macron, car il nuirait au grand rassemblement voulu par le nouveau président. Mais en bon politicien roué, il n’oublie pas l’essentiel, l’argent qui va ruisseler sur les le partis avec ces législatives où chaque bulletin en faveur d’un candidat dûment étiqueté rapportera 40 centimes d’euro à sa formation politique. D’où ce combat sans merci mené par le grand argentier Emmanuel Macron pour que tous les candidats qu’il soutient soient encartés En Marche.

D’où les bouderies, qui n’ont vraiment rien d’idéologiques, d’un François Bayrou qui considère qu’on ne fait pas la part assez belle au MoDem, ce qui est pour le moins discutable à l’aune du poids politique du leader béarnais. D’où cet atermoiement, qui nous renvoie aux vieilles lunes politiques d’antan, dans la circonscription de Biarritz où un Vincent Bru, poulain de Bayrou, risque fort d’être préféré à un François Amigorena qui a pourtant le profil type d’un candidat d’En Marche. Et comment ne pas voir avec ces cent-cinquante investitures encore en attente pour le camp En Marche, alors que toutes devaient être connues hier, un retour à des pratiques que l’on espérait dévolues, à des ouvertures improbables et des combinaisons nauséabondes pour l’électeur ?

Petites manœuvres à l’ancienne

8 mai à Paris : une manifestation plus que discutable.

Que dire enfin de cette manifestation du 8 mai dans les rues de Paris contre la réforme du travail voulue par Emmanuel Macron ? Comment ne pas y voir les roueries de vieux généraux faisant défiler leurs troupes sur le Champ de Mars électoral, alors même que la passation de pouvoir n’a pas encore eu lieu et que le nom du futur Premier ministre fait encore l’objet de toutes les supputations ? À titre personnel, je m’opposerai probablement aux choix très libéraux de Macron, mais, de grâce, souhaitons le meilleur pour notre pays et laissons à l’homme le temps de s’installer et d’expliquer son projet avant de lui déclarer la guerre. Ces manœuvres d’appareil, avec probablement des militants sincères descendus dans la rue sans avoir conscience d’être des pions dans le jeu des législatives, sont détestables et contribuent encore un peu plus à décrédibiliser la politique.

Emmanuel Macron a ringardisé dans cette présidentielle les partis traditionnels, à droite comme à gauche. Les Français, souvent légitimistes quand ils viennent d’élire un président, prennent conscience que ces élections législatives sont capitales pour l’avenir de notre pays. Il ne serait guère surprenant que ces mêmes électeurs donnent une majorité à Emmanuel Macron pour lui permettre de gouverner sans cohabitation.

En 1981, l’écart entre Mitterrand et Giscard était très faible, ce qui n’avait pas empêché les électeurs d’envoyer une « vague rose » à l’Assemblée. Une vague rose qui renouvelle le paysage politique, amène de bonnes surprises comme Joxe ou Badinter et quelques notables erreurs de casting comme Dumas ou Boucheron. S’il mène à bien son projet, Emmanuel Macron devra très vite composer, tout comme Mitterrand en son temps, avec l’ivresse de troupes venues de la vie civile, grisées par l’utilisation du gyrophare et de la sirène à deux temps. Le nouveau président annonce – et après les affaires Cahuzac et Fillon tout le monde ne peut que s’en réjouir ! – une loi de moralisation de la vie publique.

Ce sera le moment de vérifier si Emmanuel Macron est mû par une véritable volonté de refonte de notre politique ou s’il se contente d’un peu de « poudre de perlimpinpin », selon l’expression qu’il affectionne, pour retoucher superficiellement les pratiques d’une caste politique de moins en moins appréciée par les Français.

Et faire de l’ancien avec du neuf.